Fenêtre sur cour
Film américain de Alfred Hitchcock (1h50) – sorti en salle en 1954 – reprise en octobre 2008Réalisation : Alfred Hitchcock
Acteurs : James Stewart, Grace Kelly, Wendell Corey, Thelma Ritter, Raymond Burr, Judith Evelyn, etc.
Genre : suspens, policier
Version originale sous-titrée

Jeff est immobilisé chez lui, à la suite d'un accident. Son appartement donne sur une cour intérieure. Malgré les visites de Lisa, sa fiancée et de Stella, l'infirmière, il s'ennuie et s’occupe à observer ses voisins. C'est l'été, les fenêtres sont ouvertes : il y a le compositeur, les jeunes mariés, le vieux couple M. Mme Thorwald toujours en dispute, la vieille fille... La curiosité de Jeff est excitée. Une nuit, il découvre l'étrange comportement de M. Thorwald. A force d'observation et de déductions, il acquiert la conviction que ce dernier a tué sa femme malade. Est-ce le résultat de l’imagination d’un homme immobilisé ? Où sont les preuves ?
Fenêtre sur cour est sans doute le film d'Hitchcock le plus parfaitement construit, celui aussi dont la portée morale est la plus grande. Il se lit à deux niveaux : Stewart est une représentation du spectateur et la cour qu'il contemple la représentation de sa pensée. Le spectateur pénètre sur l'écran par l'effet d'identification au personnage de Stewart. Puis, par « l'effet Koulechov » [influence des images les unes sur les autres] qui nous identifie au regard de Stewart, le spectateur pénètre à l'intérieur de la cour : la fenêtre est un écran dans l'écran.
Premier point : ce que l'on voit par la fenêtre de Stewart est-il vraisemblable ou s'agit-il d'une projection imaginaire des fantasmes du personnage ? Dans son livre d'entretien avec Hitchcock, Truffaut nous livre la solution : "De l'autre côté de la cour, vous avez chaque genre de conduite humaine, un petit catalogue des comportements. Il fallait absolument le faire sans quoi le film aurait été sans intérêt. Ce que l'on voit sur le mur de la cour c'est une quantité de petites histoires, c'est le miroir d'un petit monde avec pour point commun l'amour."
Et Hitchcock d'acquiescer : "Le problème est que J. Stewart n'a pas envie d'épouser Grace Kelly et, en face, il ne voit que des actions qui illustrent le problème de l'amour ; il y a la femme seule sans mari ni amant, les jeunes mariés qui font l'amour toute la journée, le musicien célibataire qui s'enivre, la petite danseuse que les hommes convoitent, le couple qui a reporté son affection sur le chien, et surtout le couple marié dont les disputes sont de plus en plus violentes jusqu'à la mystérieuse disparition."
Du coup, accepter les situations décrites comme un catalogue de relations de couple auxquelles réfléchit Stewart, permet d'éliminer des critiques faciles. On peut alors accepter de pénétrer dans l'univers des autres. On peut accepter la simplification caricaturale: un drame se noue et se dénoue chez chacun des voisins dans l'espace des quatre jours que dure le drame.
Le second point réside dans l'identification du spectateur au personnage : croire ou ne pas croire au coupable ? Connaissant l'extrême attention d'Hitchcock au thème du faux coupable, on peut s'étonner de ne pas en voir ici. Tous les indices successifs viennent pourtant montrer que le voisin est honnête. Pourquoi cette obstination à le vouloir coupable ? Probablement parce que c'est ce que souhaite tout spectateur de film policier : qu'on lui serve le coupable sur un plateau. Cette maîtrise de l'attente du spectateur est la quintessence de l'art d'Hitchcock. (…) ; art qui se manifeste par la double articulation : matérialiser la pensée de son héros et juger cette pensée comme devenant la nôtre, dans notre action de spectateur. Ainsi nous apparaissons dès lors comme d'impitoyables chasseurs de coupable. »
PG - Extraits/synthèse tirés du site : cineclubdecaen.com
Fenêtre sur cour est sans doute le film d'Hitchcock le plus parfaitement construit, celui aussi dont la portée morale est la plus grande. Il se lit à deux niveaux : Stewart est une représentation du spectateur et la cour qu'il contemple la représentation de sa pensée. Le spectateur pénètre sur l'écran par l'effet d'identification au personnage de Stewart. Puis, par « l'effet Koulechov » [influence des images les unes sur les autres] qui nous identifie au regard de Stewart, le spectateur pénètre à l'intérieur de la cour : la fenêtre est un écran dans l'écran.
Premier point : ce que l'on voit par la fenêtre de Stewart est-il vraisemblable ou s'agit-il d'une projection imaginaire des fantasmes du personnage ? Dans son livre d'entretien avec Hitchcock, Truffaut nous livre la solution : "De l'autre côté de la cour, vous avez chaque genre de conduite humaine, un petit catalogue des comportements. Il fallait absolument le faire sans quoi le film aurait été sans intérêt. Ce que l'on voit sur le mur de la cour c'est une quantité de petites histoires, c'est le miroir d'un petit monde avec pour point commun l'amour."
Et Hitchcock d'acquiescer : "Le problème est que J. Stewart n'a pas envie d'épouser Grace Kelly et, en face, il ne voit que des actions qui illustrent le problème de l'amour ; il y a la femme seule sans mari ni amant, les jeunes mariés qui font l'amour toute la journée, le musicien célibataire qui s'enivre, la petite danseuse que les hommes convoitent, le couple qui a reporté son affection sur le chien, et surtout le couple marié dont les disputes sont de plus en plus violentes jusqu'à la mystérieuse disparition."
Du coup, accepter les situations décrites comme un catalogue de relations de couple auxquelles réfléchit Stewart, permet d'éliminer des critiques faciles. On peut alors accepter de pénétrer dans l'univers des autres. On peut accepter la simplification caricaturale: un drame se noue et se dénoue chez chacun des voisins dans l'espace des quatre jours que dure le drame.
Le second point réside dans l'identification du spectateur au personnage : croire ou ne pas croire au coupable ? Connaissant l'extrême attention d'Hitchcock au thème du faux coupable, on peut s'étonner de ne pas en voir ici. Tous les indices successifs viennent pourtant montrer que le voisin est honnête. Pourquoi cette obstination à le vouloir coupable ? Probablement parce que c'est ce que souhaite tout spectateur de film policier : qu'on lui serve le coupable sur un plateau. Cette maîtrise de l'attente du spectateur est la quintessence de l'art d'Hitchcock. (…) ; art qui se manifeste par la double articulation : matérialiser la pensée de son héros et juger cette pensée comme devenant la nôtre, dans notre action de spectateur. Ainsi nous apparaissons dès lors comme d'impitoyables chasseurs de coupable. »
PG - Extraits/synthèse tirés du site : cineclubdecaen.com
































