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Ciné-Collection - 29 et 30 avril - 1er mai 2010

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Gens de Dublin. (U.S.A, Grande-Bretagne, Irlande)

Film de John HUSTON (1h23) – Produit en 1987
Avec : Anjelica Huston, Donal McCann, Helena Caroll, etc.
Genre : comédie dramatique.
Version originale sous-titrée


Dublin, 6 janvier 1904. Comme tous les ans, les soeurs Kate et Julia Morkan et leur nièce Mary reçoivent leur petit cercle d'amis : le neveu Gabriel et son épouse Gretta, trois élèves de Mary Jane, le ténor Barteil D'Arcy, la vieille Mrs Malins et son fils Freddy, pris de boisson comme à son habitude. La soirée s'écoule doucement. On récite des poèmes gaéliques, on chante, on danse, on joue du piano, on déguste les plats traditionnels, on évoque les chers disparus, célèbres ou inconnus. Molly Ivors, ardente patriote, part la première pour se rendre à un meeting politique.
Gabriel récite le discours de remerciement qu'il a répété en cachette toute la soirée. Un à un, les invités prennent congé. Avant de partir, Gretta entend D'Arcy chanter une vieillie complainte, "La fille d'Aughrim". Gabriel remarque son émotion. De retour à leur hôtel, il lui en demande la raison. Elle lui dit avoir connu adolescente un jeune homme fragile et romantique qui chantait cette chanson et s'est laissé mourir d'amour pour elle. Bouleversé par cet aveu, Gabriel regarde par la fenêtre la neige recouvrir l'Irlande et tomber impassiblement sur les vivants et sur les morts.


Pour sa dernière oeuvre, John Huston, grand admirateur de Joyce, adapte la nouvelle The dead qui clôt le recueil Dubliners (Gens de Dublin). Il portait ce projet depuis 1956 et décrit cette nouvelle "comme un morceau de musique, avec des thèmes qui apparaissent et disparaissent à plusieurs reprises".
On retrouve dans Les gens de Dublin ces héros typiques qui malgré l'énergie qu'ils déploient n'atteignent pas leur but. Huston révèle la dimension tragique de l'existence, l'homme étant la proie de forces naturelles ou sociales. Huston accorde ainsi une grande importance au décor dont la dimension est toujours plus vaste que celle des individus et Gabriel regardant la neige tomber sur l'Irlande sait que malgré ses discours et l'amour qu'il vient à nouveau de ressentir pour son épouse, sa liberté d'action ne peut être que passagère.

Le thème de la mort et de la séparation éternelle des amants vient constamment affleurer sous la chaleur de cette cérémonie de l'épiphanie célébrée avec joie tous les ans parmi le même petit groupe d'invités. Sous les variations que constituent les travers de chacun (alcoolisme de Teddy, grossièreté des hommes qui s'en vont boire pendant que Mary Jane joue au piano, vanité de Barteil D'Arcy, solidité sans âme de Gabriel) la mort revient sous forme d'accès violents.

Alors que Huston est extrêmement respectueux de l'oeuvre de Joyce jusque dans les indications de regards, de déplacement ou le nombre d'invités, il a inventé le personnage de M. Grace et placé dans sa bouche le poème qu'il récite, voeux rompus de Lady Gregory, figure irlandaise du renouveau gaélique. Autre coup de force de la mise en scène, le déplacement de la caméra dans la chambre de Julia pendant qu'elle chante Parée pour les noces de Bellini. L'évocation d'un passé révolu depuis bien longtemps pour Julia dit autant que les objets figés dans le passé la mort prochaine qui l'attend. Ces deux moments préparent l'écoute de La Fille d'Aughrim par Greta alors que Gabriel regarde vers le haut de l'escalier et découvre sa femme figée dans une rêverie dont il ignore l'objet et que la seconde partie va se charger d'évoquer.

Huston dont toute la filmographie dit la vanité de toute action choisit ainsi un film qui en est totalement dépourvu pour une oeuvre testamentaire aussi modeste que subtile et élégante et par là même extrêmement touchante. (D'après J.-L. L. - CinéClub de Caen)

John HUSTON (1926-1987) : acteur, réalisateur, scénariste américain.

Issu d'une famille de comédiens, il entame une carrière d'acteur et obtient un contrat de scénariste. Il participe à l'écriture de quelques films, notamment ; L'Insoumise (1938) puis La Grande évasion (1941, avec Humphrey Bogart). Il adapte "Le Faucon maltais" qui fut un succés surprise.
Il adapte également Le Trésor de la Sierra Madre : ce film, sorti en 1948, lui fait gagner l'Oscar du meilleur scénario et de la meilleure réalisation. Il tourne ensuite trois films, dont Key Largo (1948) encore avec son acteur fétiche, Humphrey Bogart. En 1975, avec L'Homme qui voulut être roi, il est nominé à l'Oscar du meilleur scénario. Il connaît quelques échecs, mais il rebondit grâce à Au-dessous du volcan (1984), à L'Honneur des Prizzi (1985) [nomination à l'Oscar du meilleur réalisateur, tandis que sa fille Anjelica obtient l'Oscar du meilleur second rôle] et enfin grâce à Les Gens de Dublin (1987), son dernier film.