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Ciné-collection - 29, 30 et 31 octobre 2010

 

Réalisation : Luis Buñuel
Titre original : Viridiana – 1h30 – Sorti en 1961.
Acteurs : Silvia Pinal, Fernando Rey, Francisco Rabal, Margarita Lozano, Victoria Zinny, Jose Calvo, José Manuel Martin, Jose Luis Heredia, etc.
Genre : drame.
Récompenses : palme d’or à Cannes en 1961
Version originale sous-titrée

Scénario : Viridiana va bientôt rejoindre le couvent. Elle vient une dernière fois saluer son oncle, riche bourgeois, avant d’aller prononcer ses voeux. Troublé de retrouver chez sa nièce les traits de sa femme défunte, l’oncle use d’un stratagème pour la droguer et abuser d’elle, afin de la contraindre à l’épouser. Rongé par le remord, il se donne la mort. Héritière du domaine avec son cousin, Viridiana renonce au cloître et décide de consacrer sa vie et sa propriété aux pauvres. Contre l’avis de son cousin. Un soir de fête, les gens qu’elle a aidés se saoûlent, pillent la maison et essaient de violer leur bienfaitrice. Déçue par l’homme, cette dernière, résignée, s’installera avec son cousin et la servante, pour constituer un ménage à trois anti-conformiste.

Luis BUNUEL :

Né en Aragon, terre de fanatisme religieux, Luis Buñuel rejoint Madrid à 17 ans, où il côtoie Dali et Garcia Llorca. Le mouvement surréaliste l’encense à Paris, à la sortie de Un chien andalou, son premier film. Avec L’âge d’or, ses positions farouchement antifascistes lui attirent des problèmes. Ses autres travaux, souvent inspirés par ses traumatismes de jeunesse face à la morale castratrice de l’Eglise ou les brimades de la société bien-pensante, susciteront régulièrement des remous. 
Avec Viridiana, Luis Buñuel atteint les sommets de son art. On y retrouve ses thèmes de prédilection. Son goût de la provocation. Sa manière de bousculer l’ordre établi. Le fétichisme ou l’inceste, l’hypocrisie de l’Eglise, la bourgeoisie suffisante, la bestialité populaire, tout y est. A chaque fois, les structures physiques ou morales bâties par l’homme pour cadenasser ses dérives cèdent aux assauts de ses propres pulsions animales. A ce titre, la bacchanale finale des villageois, entrés par effraction au château, reste inoubliable. Lors de sa projection au festival de Cannes, en 1961, le film fit scandale. Et plus encore lorsque la Palme d’or lui fut remise. Le Vatican, comme Franco, jugèrent le film blasphématoire. En Espagne, les copies du film furent saisies et le directeur de la cinématographie fut licencié sur le champ. Avoir-alire.com 

Critique :

Assez paradoxalement, c’est dans son seul film tourné en Espagne franquiste que Luis Buñuel se livre à la diatribe la plus mordante contre l’Etat et la religion. Il va beaucoup plus loin qu’avec son précédent film Nazarin. Le film est plus ou moins basé sur la vie de Santa Viridiana. Une jeune novice est rappelée du couvent par son oncle, juste avant de prononcer ses vœux. La jeune femme va tenter de faire le bien autour d’elle mais cela va se retourner contre elle. L
e film est imprégné du début à la fin par une satire intense de la bigoterie et de la bourgeoisie espagnole vieillotte. La première partie oppose Viridiana à son oncle qui vit quasiment reclus sur des principes qui n’ont pas bougé depuis 50 ans. Buñuel met en parallèle le fétichisme religieux de la jeune fille avec le fétichisme érotique passablement macabre du vieil oncle. Dans la seconde partie, Buñuel se déchaîne bien plus, notamment avec un groupe de mendiants hébergés par Viridiana, une galerie de trognes hautes en couleurs qui semblent sorties de l’univers de Goya ; le film s’achève par une bacchanale délirante. Beaucoup de scènes fameuses parsèment le film d’une multitude d’objets emblématiques ou fétichistes. 

Toutes les scènes de Viridiana ont un sens, aucune ne semble gratuite ; c’est un film que l’on peut voir et revoir et découvrir de nouvelles choses à chaque vision. Viridiana est sans aucun doute l’un des meilleurs films de Buñuel, l’un des plus mordants et débridés.

Comment Buñuel a-t-il réussi à tourner ce film dans l’Espagne franquiste reste un mystère. Viridiana représentait même l’Espagne au Festival de Cannes 1961 (Buñuel avait toutefois pris soin de n’apporter son film qu’à la toute dernière minute). Le film fut ensuite immédiatement interdit en Espagne, aucun journal n’eut le droit de dire qu’il avait gagné la Palme d’Or. Cette interdiction dura jusqu’à la mort de Franco.
Viridiana déclencha également le courroux du Vatican. Il faut bien avouer qu’il y avait de quoi… ! L’incroyable parodie de la Cène de Léonard Vinci par la troupe de mendiants qui prend la pose devant une femme qui lève sa jupe en guise d’appareil photo est restée célèbre. Lemonde.fr