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Cycle Ciné-Collection - du 14 au 18 février

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Portier de nuit. (Italie, U.S.A) 


Film de Liliana CAVANI - (1h58 - VO)

Avec : Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Philippe Leroy. 

Genre : drame.  
Interdit aux moins de 16 ans

Synopsis. Vienne, 1957. Max travaille comme portier de nuit dans un grand hôtel. Un jour, arrive Lucia, en voyage avec son mari. Il suffit alors d’un regard pour que leur passé commun ressurgisse : ancien officier S.S., Max a entretenu avec Lucia une relation amoureuse, tandis qu’elle était prisonnière dans un camp de concentration…

Analyse
Si l'on se souvient le plus souvent de Portier de nuit pour le parfum de scandale qu'il exhale, il faut aujourd'hui redécouvrir cette sombre plongée viscontienne, au cœur des déviances humaines, en oubliant une polémique d'un autre âge.
Grande connaisseuse du IIIème Reich auquel elle a consacré plusieurs documentaires, Liliana Cavani s'est inspirée, pour le film, des propos d'anciennes déportées, affirmant que l'expérience des camps les avait éclairées sur la nature humaine. L'une de ces rescapées, s'appuyant sur Dostoïevski, aurait notamment confié à la cinéaste : "Les victimes ne sont pas toutes innocentes car une victime est aussi un être humain". Fascinée par les situations extrêmes où les repères moraux sont bouleversés, la réalisatrice a alors imaginé, trente ans à peine après la fin de la guerre, la relation sadomasochiste entre un ancien nazi et sa victime consentante. Mais Liliana Cavani n'a pas succombé à une fétichisation  du nazisme. On est ici dans une fantasma­gorie autour des rapports entre Eros et Thanatos, nimbée de bleu sombre, et Vienne semble être une ville déserte, surgissant d'un rêve. Dans cette puissante allégorie, la cinéaste s'intéresse à la répétition névrotique et compulsive d'une relation entre deux êtres qui, dans le cadre hors normes des camps, échappait à toute considération morale. Plus captivant encore, les rapports s'inversent entre "maître" et "esclave" pendant la célèbre séquence de cabaret, où Lucia, seins nus et seulement vêtue d'un pantalon et d'une casquette de SS, chante et danse devant soldats et officiers. Dès lors, c'est la jeune femme qui mène le jeu et le "tortionnaire" qui devient son jouet.

D'une grande richesse formelle et thématique, Portier de nuit alerte également sur la résurgence, dans les années 70, d'une tentation pour une certaine forme de néo­fascisme et stigmatise la volonté d'amnésie de la société italienne autour de la période mussolinienne. En témoigne le groupe d'anciens nazis qui organise son propre "procès" dans le but de se laver de ses crimes. Très proche de Visconti, le film de Liliana Cavani soutient largement la comparaison avec Les Damnés, dont son auteur admirait Portier de nuit. [Extrait de Solaris Distribution]

Charlotte Rampling, vénéneuse et troublante, et Dick Borgarde, acteur audacieux, sont remarquables, au sommet de leur art.