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La folle journée d'un réalisateur

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Jean-Pierre Améris, simple et généreux


En sollicitant Jean-Pierre Améris, l'association "Au fil du temps" ne lance plus une invitation à un réalisateur, elle convie un ami à venir au Cinéma les Halles pour une rencontre conviviale.

En effet, c'était la quatrième fois qu'il venait à Charlieu où il y a noué des amitiés solides ! Avec Charles, Jean-François et quelques autres, les retrouvailles ont été chaleureuses pour la venue de celui qui, depuis l'adolescence, se trouve fasciné par le texte de Victor Hugo qu'il vient d'adapter au cinéma, "L'homme qui rit".

Belle rencontre donc pour une folle journée débutée, tôt le matin, sur le quai de la gare de Lyon, à Paris. A son arrivée à Roanne, des lycéens impatients l'attendaient prêts à l'interroger. En fin de matinée, il fallut interrompre les plus avides pour que Jean-Pierre puisse rejoindre Charlieu. Bref déjeuner -au cours duquel il évoqua l'étonnement de ce lycéen d'Ecoche ignorant qu'un de ses grands films avait été tourné à Cadolon - puis sans tarder, nouvelle rencontre avec les lycéens de Jérémie de la Rue.

Deux séances de travail étaient programmées, avec les Terminales et les Premières de spécialité "Cinéma et Audio-Visuel". Ce fut d'abord l'explication de sa démarche de réalisateur : depuis les premiers souvenirs de télévision d'enfance, il a eu envie de raconter en images des histoires, des faits divers ou des expériences personnelles. Démarche d'homme aussi ; il y a souvent chez les cinéastes, comme chez les comédiens, des "failles narcissiques" qu'ils tentent de combler. Quasi confidence, lorsqu'il évoque combien, dans les salles obscures de Lyon, il se sentait heureux, à l'abri des regards et du monde, pour y découvrir les Fellini, les De Sica ou les Kubrick ! Premiers courts-métrages, premières rencontres, allers et retours entre Lyon et Paris où il suit les cours à l'IDHEC (la FEMIS d'aujourd'hui) ; premiers échecs puis enfin premières distinctions en festival !

Passant à Victor Hugo, il raconte sa longue fréquentation du texte : "l"homme qui rit" a nourri son imaginaire pendant des années, autour du thème de la blessure qui demeure au-delà de la cicatrice. Déjà il a le casting dans la tête, le producteur accepte et c'est parti pour l'adaptation. Attention, s'empresse-t-il de dire, "adapter n'est pas copier, c'est transposer","réaliser, c'est faire venir réelle une autre œuvre" ! Les questions fusent ; les souvenirs resurgissent. C'est déjà la fin de la séquence. L'après-midi a été lumineux comme le sera la séance du soir. 

Pas le temps de s'attarder. Juste un dîner en petit comité amical, au moment où le film est présenté en salle par Léa, une jeune lycéenne à peine intimidée ! Et top départ pour la projection.

Jean-Pierre Améris et Charles Gaubert, lors du débat
A l'apparition du générique, Jean-Pierre Améris est largement applaudi. Le film a plu aux spectateurs. Simple et généreux comme il le fut toute la journée, il narre à nouveau la préparation du film,  entrecroisant itinéraire personnel et itinéraire artistique.

Il resitue le  départ de l'intrigue : l'abandon, la misère, la souffrance. On est au 19e s., "les misérables" ne sont pas loin.  Puis retour sur la blessure, la différence, voire la monstruosité, que  le regard des autres accuse et transforme en moquerie indélébile. Le personnage de Gwynplaine au visage déformé, devient un héros de foire pour surmonter le handicap et le tourner en dérision. Il croit l'oublier quand une riche et belle princesse cherche à le séduire mais c'est pour mieux le mépriser. Illusions, déceptions. Il ne découvre que trop tard que Déa l'aimait vraiment pour lui-même, pour ce qu'il est, avec ou sans balafre.

On sent au détour d'une réponse que cette histoire s'apparente à son ressenti. Pudique, le cinéaste décrit les trois ans de travail sur le scénario avec un collaborateur, sur le storyboard avec un dessinateur de BD puis sur le tournage. Sans oublier de rappeler le message d'espoir et de liberté porté par le texte du visionnaire Hugo, qui a un incroyable parfum d'actualité dans notre monde en crise.

 Puis les questions se mettent à tourner autour des acteurs. Si Marc-André Gondrin et Christa Théret -le balafré et l'aveugle- ont comblé ses espérances, Gérard Depardieu les a presque devancées : avec ses incessants "bon, allons-y", il a montré sur le tournage qu'il voulait incarner ce texte depuis  longtemps. Et les mots de Hugo dans sa bouche prennent du sens et des teintes multicolores. Avec le même talent qu'il déployait en jouant Cyrano, il fait oublier soudain ses incartades que l'actualité fiscale a largement commentées. Acteur sublime, citoyen tonitruant ! Miracle ou presque... des spectateurs n'ayant pas hésité à dire combien ils avaient, de ce fait, failli renoncer à voir le film. Et Jean-Pierre Améris de regretter que cette malheureuse actualité avait plombé la sortie du film ! Nouveaux applaudissements et remerciements chaleureux.

Fin de cette folle journée : autour d'un verre avec l'équipe amicale de Au fil du temps
Mais un film chasse l'autre. Des projets sont déjà en cours. Peut-être même dans une abbaye qui pourrait ressembler à celle de ... Charlieu. Alors, patience ! 


Jean-Pierre AMERIS était déjà venu à Charlieu présenter ses films : en 1992,  "Le bateau de mariage", film tourné dans la région - en 1997 pour la sortie de "Les aveux de l'innocent" - en 2006, pour "Je m'appelle Elisabeth".