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La différence en images : "Les Invisibles"

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Après la Soirée - Projection (vendredi 15 mars)

du  film  de  Sébastien  Lifshitz
  

Vendredi dernier, c'était la projection du film de Sébastien Lifshizt "Les invisibles". Ce film-documentaire sorti au festival de Cannes puis présenté en septembre dernier à Charlieu lors des Rencontres d'exploitants avait marqué les esprits. Il était important de le proposer à tous.

Il a donné lieu à une présentation par quelques adhérents de l'association stéphanoise Face à Face, qui milite contre les discriminations et notamment contre l'homophobie. Elle organise chaque année depuis 2006 le "Festival du film gay et lesbien" de Saint-Etienne.
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les militants de FACE à FACE, aux côtés de Jean-François ALEX qui anima le débat
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L'actualité du film primé aux "César 2013" comme meilleur documentaire et du débat au parlement sur le "mariage pour tous" en rappelle sa qualité et son intérêt.
Des hommes et des femmes, nés dans l'entre-deux-guerres, qui n'ont aucun point commun sinon d'être homosexuels, ont choisi de le vivre au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l'amour. Ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagée entre la volonté de rester des gens comme les autres et l'obligation de s'inventer une liberté pour s'épanouir.

Le scénario est mince mais l'image cinémascope parle d'elle-même lorsque les rires éclatent ou les paroles s'étouffent marquées par l'émotion. Belles images d'un grand cinéaste : des visages heureux, apaisés, des esprits sereins et intelligents, au cœur de paysages ruraux, de quartiers de Paris ou du port de Marseille.
Un échange avec la salle -une bonne cinquantaine de spectateurs- a suivi la projection. Échange plus que débat, car les temps changent ; l'innommable des années 50 ou 70 peut désormais être évoqué sans fard. Mais l'expérience des militants présents montre que le chemin est encore difficile, que la reconnaissance de "la différence, celle qui dérange" est encore à construire, voire inventer.

Film-document, beau et bouleversant. Film qui parle d'amour ...

Extraits de Libération.fr du 28 novembre 2012 

" Sébastien Lifshitz explore la mémoire homosexuelle d’avant 1968. Le désir de ce film est né d’une belle collection de photos de couples qu’il a assemblée au fil du temps.

Il faudrait organiser des projections des Invisibles en réponse aux manifestations homophobes [...] Car la quinzaine de personnes, hommes et femmes, dont les visages ridés défilent devant la caméra de Sébastien Lifshitz, n’a rien de particulier. Ils sont vieux, tous nés dans l’entre-deux-guerres, ont les cheveux gris, visage et mains tavelés. Mais ce qui les a rendus «invisibles» pendant des décennies, et que le cinéaste français s’attache aujourd’hui à éclairer, est simple : tous sont homosexuels. Ils ne se connaissent pas, partagent pourtant le même cornaquage, la chape de plomb [...] qui s’est longtemps abattu sur ceux et celles qui «en» étaient.

[...]  A chacun son parcours, son milieu social, le réalisateur filmant bergers ou héritiers de bonnes familles, petits fonctionnaires, ruraux ou urbains. Mais, pour tous, une identité partagée, un souvenir commun à la forme mutante : la découverte des plaisirs, secrète, se fait alors à l’internat, dans un recoin boisé, au collège. Ou plus tard, comme cette splendide septuagénaire qui décrit ce jour où son existence a basculé avec «le mouvement de main» d’une amie. Avec, toujours, la même incapacité à en parler, et ce pour une raison linguistique évidente : les mots manquaient alors, «gay» ou «coming out» n’avaient pas encore fait leur apparition comme signifiants sexuels.

Sébastien Lifshitz entremêle forme documentaire et fiction. Là encore, ses "Invisibles", pourtant réels, s’imbriquent dans une dramaturgie, filmée en Cinémascope, insérée de musiques grandiloquentes, classiques. Il renverse son documentaire, «l’invertit» littéralement, fuyant tout voyeurisme, misérabilisme ou apitoiement.

S’il se passionne pour les trajectoires de ces fantastiques sujets, il questionne en permanence l’espace. Celui, abstrait, de la mémoire, du récit personnel raconté face caméra. Mais aussi et surtout l’espace social, physique, concret, cet ensemble dont ces hommes et femmes ont été exclus, forcés de vivre dans la marge, le résidu. [...]

Certain(e)s de ces Invisibles ont été de grand(e)s militant(e)s. D’autres se sont contentés de baiser dans leur coin. Tous ont eu des parcours heureux, tourmentés, dramatiques, fluctuants. De formidables histoires charnelles ou amoureuses, que la vieillesse peut aujourd’hui éloigner.

Là réside toute la justesse et la force du film de Sébastien Lifshitz : faire de cette poignée d’anonymes des héros, courageux, mais calmes, incroyablement attachants." (Clément GHYS)