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Cycle Ciné-Collection - 18 au 24 septembre 2013




Film de René CLEMENT. - (1h54 - VF) – Produit en 1960
Scénario : R. Clément et Paul Gégauff, d'après Patricia Highsmith.
Avec Alain Delon : Tom Ripley. Maurice Ronet : Philip Greenleaf. Marie Laforêt : Marge.
Genre : thriller.

Synopsis
A la demande du père de son ami Philippe, Tom se rend en Italie dans le but de ramener le jeune play-boy à San Francisco contre 5000 dollars. Mais Philippe n'a pas le moins du monde l'intention de quitter les bras de sa maîtresse, Marge, non plus que les langueurs méditerranéennes qu'il affectionne. Tom ne renonce pas pour autant et s'installe dans la vie des amants. Il envie l'aisance, le charme et la fortune de Philippe. Profitant d'une croisière, Tom tue Philippe, jette son corps à la mer puis endosse son identité. Il s'installe à Rome, où un ami du défunt, Freddy, le démasque. Le jeune escroc n'a d'autre choix que d'assassiner le témoin gênant avant de reprendre sa véritable identité...

Critique
On dirait deux frères, sur cette piazza italienne. Philip Greenleaf ne veut pas rentrer en Amérique, chez son riche papa. C'est si bon de sentir le soleil sur sa chemise ouverte, de se perdre dans l'or des yeux de « sa mie, sa Marge ». Tom Ripley a promis de le ramener au bercail pour 5 000 dollars. Mais c'est si bon de se perdre dans l'argent d'un autre, de partager son soleil. Alors le garnement riche continue d'encaisser des mandats et le garnement pauvre, d'encaisser des humiliations. Un petit jeu dangereux...
Cette adaptation du roman de Patricia Highsmith est une leçon de maîtrise formelle. Le vertige naît des correspondances visuelles. La lumière (magnifique photo) traduit le trouble psychologique, le mystère des êtres. Le suspense est sur les visages en gros plan. Les yeux marine de Maurice ­Ronet défient. Le regard vert de Delon est un océan de convoitise. Beautés aveuglantes, motivations opaques : René Clément donne corps à l'envie, ce poison au centre du film. 

En 1960, René Clément a déjà acquis une réputation de novateur grâce à son premier film, La Bataille du rail. Pour lui, un cinéaste se doit d'être un « explorateur », et il ne voit pas d'antinomie entre lui, un grand ancien déjà, et ses jeunes confrères de la Nouvelle Vague qui viennent d'exploser. Sur le tournage de Plein Soleil, il fait, d'ailleurs, la part belle à l'improvisation. Ce n'est rien de le dire pour la séquence qui suit l'assassinat de Philippe (Maurice Ronet, superbe). La mer se déchaîne ? Clément décide d'en profiter : à toute vitesse, il descend du voilier, saute sur une chaloupe avec son chef opérateur Henri Decaë et laisse Alain Delon se débrouiller seul à la barre ! Il le filme de loin, luttant pour de vrai, et avec rage, contre les éléments. Voilà comment on boucle en quelques minutes une scène qui devait nécessiter une semaine de tournage, et que l'on en fait un sommet de tension ! Aujourd'hui, cette histoire de meurtre au soleil ressort en salles dans une version restaurée qui rend son éclat à la lumière d'Henri Decaë. C'est la modernité du film qui frappe, surtout. Faux-semblants, convoitise, attrait de la vie facile et désir fou de devenir un autre : ces thèmes restent d'actualité dans leur amoralité même. On ne peut, pourtant, s'empêcher d'éprouver de la compassion pour Ripley, qui veut sa place au soleil et s'y brûle les ailes. Dans le rôle, Delon, bien sûr : 25 piges, encore un inconnu ou presque, filmé comme un animal en liberté, se condamnant lui-même à être mis en cage. La plus belle scène du film est quasi documentaire : Ripley/Delon se baladant, regard horizon et clope au bec, dans le marché aux poissons de Mongibello, sur la musique de Nino Rota. Encore insouciant... —
Guillemette Odicino [Extrait Télérama 27/11/2010]