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Bertrand TAVERNIER, la passion jusque ... "autour de minuit".

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Bertrand Tavernier présentant "Quai d'Orsay"
Elle fut belle la rencontre que Au Fil du Temps avait proposé ce lundi 2 décembre..., date anniversaire du soleil d'Austerlitz pour recevoir Bertrand TAVERNIER, président de l'Institut Lumière ! 

Bertrand TAVERNIER fait partie de ces grands réalisateurs qui aiment rencontrer le public, même s'il doit (re)donner parfois les mêmes explications, répondre aux habituelles questions banales. L'expérience aidant, il désamorce d'entrée les inévitables pièges et, avant même la projection du film, il explique que la B.D. éponyme  de LANZAC & BLAIN à l'origine de son inspiration, fut un vrai coup de cœur ; qu'il s'est efforcé d'en garder la dynamique, l'énergie, l'esprit sans pour autant la suivre méticuleusement de vignette en vignette. Rechercher la vérité des événements et des faits, leur humour, leur force, par les moyens différents que possède le cinéma et ainsi faire "[sa]  première vraie comédie de [sa] déjà longue filmographie".

Jean-François ALEX, chargé de l'animation de la soirée, avait d'ailleurs évoqué beaucoup de ses films, reprenant à sa manière le procédé  humoristique  utilisé pour l'annonce de la soirée.

B. Tavernier, J.F. Alex, Ch. Gaubert
Les spectateurs souriaient, l'ambiance était créée, car ce soir pas d'intempéries, pas de neige pour dissuader les curieux ou les plus passionnés des cinéphiles ; ils étaient venus de loin parfois  et ... les deux salles étaient pleines, au point qu'il fallut, avant de débuter l'échange, déplacer tout le monde. L’organisation avait anticipé le "risque" en réservant la salle de spectacles municipale. Chacun s'y prêta de bonne grâce : ils étaient venus pour voir Quai d'Orsay mais aussi pour entendre l'invité. Et il se montra prolixe, comme à l'accoutumée, traversant l'histoire du cinéma d'un bond pour évoquer ici la vie et rien d'autre et l'inoubliable Philippe Noiret, là pour citer le Jacques Becker de Edouard et Caroline, là encore pour raconter une anecdote piquante ! Nul n'oubliera par exemple le sobriquet donné à un ancien ministre par les hauts fonctionnaires du ministère. Mais chut, pas de diffamation !

Une partie du public, déplacé en salle de Spectacles
Pendant la projection, les rires laissèrent bien vite entendre que chacun trouvait son plaisir. L'envol des feuilles précédant l'arrivée du ministre, les portes qui claquent, les mille versions de discours trouvés "nuls" et donc toujours à réécrire, les angoisses de n'être pas à la hauteur des enjeux, la succession des conflits internationaux, la volonté de placer haut l'image de la France, les réunions à Genève ou ailleurs, l'extrait du célèbre discours de M. de Villepin au Conseil de sécurité ... tout cela n'est que la vérité des faits, mais c'est aussi du vrai cinéma. Le réalisateur insista pour rappeler que la B.D. et son film reprenaient les souvenirs d'un ancien diplomate et qu'il n'y avait là rien d'inventé. Tout est vrai et néanmoins le décalage entre les images et la mission des services diplomatiques ; la tension entre les scènes représentées et les intentions ou les valeurs affichées ; entre les mots attendus du ministre et les grossièretés parfois proférées, tout cela produisait de fait l’irrésistible dynamique du comique. Le public ne s'y trompait pas, bien qu'"aucun de mes acteurs, disait B. Tavernier, ne joue de façon  comique". Le scénario, le montage, le rythme, la bande-son, bref l'art de l'artiste avait tout transformé, pour le plaisir de chacun !

Il fut aussi longuement question de La mort en direct récemment sorti sur les écrans après une magnifique restauration numérique. Cette venue de B. Tavernier  a fait découvrir à bien des spectateurs ce film qui n'aurait jamais dû être oublié, tant il était visionnaire : il dénonçait par anticipation la folie tragique où pourrait conduire la TV réalité, la recherche de sensations fortes liée à la course à l'audience. En 1979, ce n'était que plaisir cinématographique, pure imagination, sans relation avec les programmes proposés ni aux U.S.A., ni en France. Quelques 30 ans plus tard,  sommes-nous parfois  si loin de ces violences lucratives et de ces démonstrations obscènes ? En tout cas, Harvey KEITEL et Romy SCHNEIDER donnaient là le meilleur d'eux-mêmes, en dépit de leurs différences de présence à l'écran. Pour les cinéphiles, ce fut un des grands moments de la journée.

Avec les élèves du Lycée J de la Rue
Dans l'après-midi, B. Tavernier avait souhaité rencontrer les jeunes de la section Cinéma et Audio-Visuel du lycée J. de la Rue. Quel honneur pour eux de pouvoir se confronter à une telle autorité ! Au gré des questions où il parla évidemment de son dernier film, il en évoqua aussi beaucoup d'autres : Coup  de torchon, Capitaine Conan, la fille de D’Artagnan, etc... Il s'attarda, par exemple, sur la guerre et les disparus de 14-18 au point de montrer comment Cinéma et Histoire pouvaient se rencontrer. Mais il ne put s'empêcher de bousculer les lycéens lorsqu'il perçut leur baisse d'intérêt, leur manque de curiosité et d'envie. Si tu ne vas pas à la culture, tire profit de la culture qui vient à toi ! 

A l'Atelier de Rongefer - B.T. et  l'équipe Au Fil du Temps
Lors du dîner qu'il partagea avec l'équipe d'Au fil du temps (dont deux lycéens enthousiastes) il revint sur quelques grands films de sa carrière. Au gré d'un échange de SMS, il se fit même plus personnel en évoquant son actualité à propos du beau film Présumé coupable de Vincent GARENQ où Philippe Toretton incarne un personnage d'huissier accusé dans une affaire ... encore dans toutes les mémoires.

Ainsi va le cinéma depuis un siècle. Ce sont des hommes et des femmes qui lui donnent vie ; il a besoin d'artistes : Bertrand Tavernier est de ceux-là. Quel bonheur de les rencontrer !


Et déjà arrivent quelques commentaires de spectateurs passionnés. Un, parmi d'autres : "Quel Monsieur ce Bertrand Tavernier ! Merci pour cette longue soirée de cinéphiles".

Alors, à bientôt, pour de nouvelles et riches découvertes.

"Autour de minuit" : film de B. Tavernier de 1986, illustrant la vie romancée du saxophoniste Lester Young
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