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Un temps de fraternité retrouvée

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Le réalisateur du documentaire  RETOUR EN ALGERIE  

Emmanuel Audrain 
 
était au Cinéma les Halles, ce vendredi 10 octobre. 

Le réalisateur présentant son film
Nous l'avons déjà évoqué -et la presse locale s'en est fait l'écho- : il s'agit pour lui de donner la parole à cette Association d'anciens appelés d'Algérie (4ACG) qui ont osé dire leur désaccord sur cette période sombre de notre pays et qui aujourd'hui refusent de garder pour eux la modique retraite d'anciens combattants qui leur est attribuée pour cette présence sous les drapeaux : ils la reversent au profit d'aide au développement et à la reconstruction.  L'auteur mêle dans son film les images des lieux revisités et la parole des témoins, dont la mémoire reste à jamais marquée par les actions commises -qu'ils ont vu ou dû commettre sous la pression de la hiérarchie militaire et dont ils ont besoin. Besoin pour se regarder en face, pour dire leur honte de ce que fut en ce temps notre "pays des droits de l'homme"; pour dire leur douleur enfouie dans le silence, leur remords même au nom de toute une génération. L'un explique -en substance- : "comment se glorifier d'une civilisation qui fermait les yeux sur ces actes-là ?"
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Que ce soit à Clermont-Ferrand, Roanne récemment, ou Charlieu, Emmanuel AUDRAIN  parle de ces moments difficiles avec justesse et délicatesse. Il n'est pas dans le jugement, ni dans la révolte. Il est dans le "donner à penser", en rapportant combien les militaires n'ont pas su "faire autrement". Seul le général de la Bolardière s'était insurgé, disant et montrant qu'il était possible de se comporter en homme digne, refusant en particulier l'usage de la torture que les autres  feignaient d'ignorer. Il fallut arriver au début de ce XXIe siècle  pour que des prises de parole conduisent le général Massu et consorts à passer à l'aveu.
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Le film montre parallèlement à ces témoignages, quelques scènes d'un voyage qu'une quinzaine d'anciens appelés accomplirent récemment en Algérie, dans la région de Sétif. Voyage de mémoire, de réconciliation et de fraternité avec des algériens retrouvés. Tous font preuve d'une grande capacité à dépasser les horreurs que les uns et les autres ont commises.  Belle preuve d'humanité après tant de malheurs !
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La discussion, avec P. Carlier et G. Duray, membres de 4ACG
Lors des échanges, à la suite de la projection, parmi la soixantaine de spectateurs, il s’en est trouvé qui ont participé à cette guerre et qui ont dit peu ou prou les mêmes choses que les témoins. Le temps de la discussion a permis d’évoquer l’arrière fond politique de cette période, les situations particulières liées aux fonctions exercées selon les régiments et la prise de conscience progressive du rôle que la France assignait à son armée. Mais, au-delà de l’émotion des témoignages, il fut difficile d'évoquer la question de la responsabilité et de la culpabilité des appelés dans cette « Guerre sans nom » comme l’avait qualifié Bertrand Tavernier dans son documentaire réalisé sur le même sujet.
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En libérant la parole trop longtemps contenue, le film permet néanmoins le passage d'un cheminement individuel  à une démarche collective et ainsi de comprendre un peu mieux. Car à ce moment-là, ces appelés avaient tout juste 20 ans et la puissance militaire était si convaincante !