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Cycle Ciné-Collection - du 4 au 8 février 2015

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Monsieur Klein. (Grande-Bretagne, Italie, France)

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19549051&cfilm=68249.html
Film de Joseph LOSEY. - (2h03 - VF)
Avec : Alain Delon, Jeanne Moreau, Michael Lonsdale.
Genre : drame.

Césars 1977 : Meilleur film - Meilleur réalisateur - Meilleurs décors. 

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19458521&cfilm=68249.htmlScénario
Robert Klein, alsacien, la quarantaine, voit dans l'occupation une bonne occasion de s'enrichir. Devant la répression qui s'amplifie, des juifs viennent lui céder à bon prix des tableaux de maîtres et d'autres objets d'art. Alors qu'il vient d'acheter une œuvre du peintre hollandais Van Ostade, il reçoit, réexpédié, à son nom, le journal "Les Informations juives" qui n'est délivré que sur abonnement.
Robert Klein mène une enquête et découvre qu'un homonyme juif a raturé la première adresse - rue des Abbesses - pour y mettre la sienne. Le fichier de la revue ayant été remis à la police, il devient suspect. Son enquête l'entraîne dans la chambre de son homonyme, puis dans un château proche de Paris. Il rencontre, puis perd, la maîtresse de l'autre Klein et s'enlise dans une quête impossible qui le mènera à être raflé, au Vel d'Hiv', en juillet 1942. Avec 15000 juifs parisiens, il part pour Auschwitz...

Analyse
        Les années qui ont suivi la sortie du documentaire Le chagrin et la pitié ont brisé le tabou de la représentation cinématographique des noirceurs du régime de Vichy. Après Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974), M. Klein se déroule également dans une France où règnent les lâchetés, délations, mesquineries et compromissions, dans un contexte d’antisémitisme institutionnalisé. Le film démarre fort, avec la visite médicale d’une femme nue (Isabelle Sadoyan) subissant un examen pour déterminer ses origines ethniques, les propos du docteur assumant un racisme convaincu et ses gestes s’apparentant à ceux d’un vétérinaire. Un spectacle de cabaret raillant les Juifs, auquel assistent Robert Klein et sa maîtresse (Juliet Berto), met en exergue l’attitude inconsciente d’une partie du monde des artistes. L’horreur va crescendo jusqu’à une séquence montrant la préparation et le déroulement de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Entre ces passages emblématiques, on aura vu un affairiste arnaquer un Juif en fuite (Jean Bouise), un employé de préfecture (Michel Aumont) d’un zèle administratif digne de Maurice Papon, des policiers inquiétants (Etienne Chicot et Pierre Vernier), traquant un homme tels des tueurs à gages, un vieux père (Louis Seigner) expliquer que les Klein sont « catholiques depuis Louis XIV », ou un respectable avocat (Michael Lonsdale) dénoncer un Juif forcément criminel à ses yeux. Pourtant, M. Klein n’est que partiellement un film historique, les déboires de Robert Klein prenant une dimension kafkaïenne et absurde qui dépasse le souci de vraisemblance et de reconstitution d’époque, pourtant soignée.

Bourgeois cultivé, fier d’être Français et faisant confiance à la police de son pays, Mr. Klein a trouvé un créneau. L’exil des Juifs lui assure une prospérité financière, même s’il n’est pas directement impliqué dans la Collaboration. Bel homme, il est partagé entre Jeanine et la femme de son meilleur ami (Francine Bergé) jusqu’au jour où une curieuse homonymie viendra bouleverser son existence moralement équivoque mais socialement réglée. Arroseur arrosé, Robert mène son enquête mais c’est précisément la complexité de celle-ci et l’ambiguïté de son attitude qui font la force du récit. Volonté de se protéger ou attirance vers le danger qui le menace ? Toute la force de Losey est de ne pas donner de réponse à cette interrogation et de réussir à teinter le film d’un climat étrange et irréel, à l’instar de la séquence d’un dîner en province auprès de châtelains mystérieux (Jeanne Moreau et Massimo Girotti). On pourra voir aussi des correspondances avec The servant (1963), le chef-d’œuvre de sa période anglaise, pour le thème de la manipulation et du double, les deux Klein se livrant sans se voir au même jeu du plus fort pratiqué par Dirk Bogarde et James Fox. Comme dans ce film, Losey est un maître dans la captation des sentiments humains et l’aptitude à créer une tension. On se référera ici à la scène où son anti-héros, évasif, sort un rasoir d’un tiroir sous le regard effrayé d’une logeuse (Suzanne Flon) : le film nous mène le temps de quelques secondes vers une fausse piste narrative... [Extrait de avoir-alire.com] 

Producteur du film, Alain Delon fut très impliqué dans le projet. Froidement accueilli au Festival de Cannes, M. Klein fut un échec public mais séduisit les professionnels qui lui donneront les César du meilleur film, du meilleur réalisateur des meilleurs décors (Alexandre Trauner). Acteur, Alain Delon est superbe dans ce récit kafkaïen des déboires d’un affairiste sous l’occupation
 
Les personnages de Losey : ce ne sont pas de faux durs mais de faux faibles : ils sont condamnés d'avance par la violence qui les habite, et qui les pousse à aller jusqu'au bout d'un milieu que la pulsion explore, mais au prix de les faire disparaître eux-mêmes avec leur milieu. Plus encore que tout autre film de Losey, M. Klein est l'exemple d'un tel devenir qui nous tend les pièges des interprétations psychologiques ou psychanalytiques.
       M. Klein est bien ce comprimé de violence qu'on retrouve toujours chez Losey. La violence des pulsions qui l'habite l'entraîne dans le plus étrange devenir : pris pour un juif, confondu avec un juif sous l'occupation nazi, il commence par protester, et met toute sa sombre violence dans une enquête où il veut dénoncer l'injustice de cette assimilation. Mais ce n'est pas au nom du droit ou d'une prise de conscience d'une justice plus fondamentale, c'est au seul nom de la violence qui est en lui qu'il va peu à peu faire cette découverte décisive : même s'il était juif, toutes ses pulsions s'opposeraient encore à la violence dérivée d'un ordre qui n'est pas le sien, mais qui est l'ordre social d'un régime dominant. Si bien que le personnage se met à assumer cet état de juif qu'il n'est pas, et consent à sa propre disparition dans la masse des juifs entraînés vers la mort. C'est exactement le devenir juif d'un non-juif.
[Extrait de cineclubdecaen.com] 

Joseph LOSEY, réalisateur  (1909-1984)

Après des études de médecine et de littérature anglaise à Harvard, Joseph Losey signe des  courts métrages. Après un passage à la radio durant la guerre, il voyage en Allemagne pour travailler aux côtés de Bertolt Brecht, qui aura une profonde influence sur son oeuvre
Rencontre avec le cinéma en 1948, lorsqu'il tourne Le Garçon aux cheveux verts, une parabole sur le racisme. A cette époque, il est déjà membre du P.C. américain. Ses films sont des drames sociaux emprunts à la fois d'un réalisme brechtien et d'une réthorique marxiste.

Lorsque le Maccarthysme bat son plein en 1952, il est sur liste noire. Il choisit alors de se réfugier en Angleterre. Après deux ans  il recommence à tourner des films (d'abord sous pseudonyme)  : en 1956 le Temps sans pitié. Auteur d'un style où la distanciation se mélange à l'ironie, où l'allégorie politique côtoie lucidité sociale, Losey retrouve la maestria de ses années américaines dans des films comme Eva (1962), dans lequel joue Jeanne Moreau. En 1963, il réalise l'un de ses chefs-d'oeuvre : The Servant. Reposant sur un duo d'acteurs époustouflants : James Fox l'aristocrate et Dirk Bogarde en majordome pervers, le film inaugure une lignée thématique présentant la destruction d'un être par un autre. Après Pour l'exemple, un féroce réquisitoire contre la guerre, Losey réalise Accident, sur un scénario du dramaturge Harold Pinter, que beaucoup considèrent comme son chef-d'oeuvre. Cérémonie secrète (1968) poursuit le conflit entre deux personnages (Elizabeth Taylor et Mia Farrow) dans un univers clos. En 1970, son Messager (Palme d'Or à Cannes) séduit le public et la critique par sa subtilité et son raffinement. Il atteint la maturité politique avec L'Assassinat de Trotsky, qui marque sa première rencontre avec Alain Delon. Quatre ans plus tard, ils collaborent à nouveau sur le kafkaïen Monsieur Klein, l'un des plus grands rôles de l'acteur. Le film est récompensé en 1977 par trois César. En 1979, Joseph Losey tente l'expérience de l'Opéra filmé avec Don Giovanni. Après La Truite, dans lequel Jeanne Moreau et Isabelle Huppert se donnent la réplique, Losey réalise en 1984 Steaming; une oeuvre inachevée puisqu'il meurt au cours du tournage.