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Cycle Ciné-Collection - les 5 et 6 mars 2015

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Le bourreau. (Italie, Espagne)


http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19543834&cfilm=5220.html
Film de Luis GARCIA BERLANGA. - (1h28 - VOST)
Avec : Maria Isbert, Julia Caba Alba, Nino Manfredi.
Genre : drame, comédie.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19543834&cfilm=5220.html

Synopsis
Carmen est la fille d’Amadeo, le bourreau de la ville de Madrid. Tous les garçons qu’elle connaît finissent par la quitter dès qu’ils apprennent la profession de son père. José Luis est un employé des pompes funèbres qui souffre des mêmes déboires avec les femmes. La rencontre des deux hommes débouchera sur le mariage de José Luis avec Carmen. Amadeo tentera de convaincre son gendre d’accepter le poste de bourreau qu’il laisse vacant.

Analyse
Ce film remet en lumière une période ambiguë du cinéma espagnol, les années 1950-60, alors que la censure franquiste veillait.
Corrosif, Le Bourreau l’est parce que son action se fait dans la durée, farce macabre dont l’humour jamais relâché se fait perfide pour devenir de plus en plus amer. Le nom du titre est à prendre au sens propre : il s’agit bien de l’exécuteur des hautes œuvres – le garrot – de la cour de justice de Madrid, poste successivement occupé par deux personnages. 

La séquence d’ouverture nous présente le premier sortant de la prison où il vient d’accomplir sa besogne : Amadeo, petit vieux à béret, affable, image d’un artisan zélé et bien fréquentable, faisant mine d’ignorer le mélange de répulsion  et de fascination qu’il inspire partout où il passe, même chez ses proches collaborateurs.
Le Bourreau n’est pas seulement le portrait d’un homme attaché à bien faire son horrible travail, mais aussi celui d’une société gangrenée par cet indéfectible compagnon du conservatisme rétrograde qui la sous-tend : la honte, y compris celle de ses propres stigmates. Carmen, la fille de Amadeo, désespère de trouver un mari, les hommes fuyant quand ils apprennent qui est son père. Et il y a José Luis, célibataire vivant chez son frère et son infecte belle-sœur, et que son travail de fossoyeur n’aide pas non plus à trouver l’amour. Les jeunes pestiférés se rencontrent et se plaisent, à la faveur des relations de travail des deux hommes ; mais le bonheur sincère ne sera pas au rendez-vous, la pression sociale empoisonnant les perspectives de chacun. Soumise aux impératifs sociaux, Carmen pousse José Luis à un mariage rapide pour officialiser leur union et surtout l’enfant qu’elle porte déjà. Mais le pire échelon est franchi peu de temps après : pour conserver l’appartement que Amadeo et le couple ont obtenu en trichant sur leurs conditions d’éligibilité, José Luis, plus que jamais pris au piège par sa femme et son beau-père, est contraint à reprendre le sinistre poste de ce dernier à présent à la retraite. Lui qui rêvait d’aller exercer la mécanique en Allemagne se voit peu à peu enchaîné à une condition de serviteur.

L’ironie amère du constat sur l’iniquité du système ne saurait assurer à elle seule la force dénonciatrice du Bourreau. Celle-ci tient dans l’honnêteté du regard jamais verrouillé, toujours attentif à l’humain, de Luis García Berlanga. Sa caméra se tient à hauteur d’homme, explorant l’espace dans des plans confinant souvent au plan-séquence pour suivre fidèlement les mouvements des hommes comme pour embrasser d’un coin à l’autre le petit théâtre de l’absurde qui se joue. Elle n’opprime jamais ses personnages, ni ne les rend ridicules. Il y a dans ce regard l’évidente humanité de celui qui reconnaît ses semblables, mais peu de bienveillance.
Ainsi José Luis, le vrai protagoniste du film, n’est-il pas épargné. Si le second bourreau est à la fin une victime, c’est surtout de la confrontation de sa propre lâcheté à un système qui n’a cure de ses atermoiements. José Luis n’a rien du courageux opposant à la peine capitale : s’il refuse – en vain – de succéder à Amadeo, ce n’est pas par conviction, mais par un dégoût pas différent de celui qui pousse les honnêtes gens à éviter le bourreau et sa famille. Et quand ses cris de protestation ne suffisent pas, il ne lui reste que de minables excuses, tandis que son machiavélique beau-père le retient par des promesses en l’air.

Plus que par le carcan social, le jeune homme est condamné par sa propre mollesse, éclatante quand on passe d’une séquence de protestation à une suivante où il profite sans vergogne des avantages de son nouveau statut, son bel appartement, son voyage à Majorque (alors qu’un condamné l’y attend).

Réquisitoire contre la peine de mort ? Le Bourreau est plus fin que cela : il resitue cette pratique comme un rite défendu par l’ordre établi, en dépit de l’humanité et du bon sens. Attaque contre la société franquiste ? Là encore, si celle-ci est réelle -y compris l’Église-, la lecture par le prisme de l’actualité ne suffit pas. Les turpitudes et la compromission du peuple aspirant à l’ordre, sa lâcheté face à l’évidence de celles-ci : difficile de ne pas y voir des stigmates de toute société empreinte de certitudes bourgeoises, qu’elle soit démocratique ou autoritaire. Le film de García Berlanga s’extrait ainsi du contexte qui l’a suscité pour témoigner d’un mal social qui nous interroge tous.
[extraits de criticat.com]

Luis García Berlanga

Luis-G-BerlangaFils d’un propriétaire foncier, Luis García Berlanga suit des études chez les jésuites à Valence et en Suisse. En 1941, il s’engage dans la Division Azul qui combat avec les Allemands sur le front russe. De retour en Espagne, il étudie le droit, les lettres et la peinture avant d’entrer, en 1947, à l’Instituto de Investigaciones y Experiencias Cinematográficas. Il en sort avec la première promotion, en 1949.

Considéré comme un maître par ses pairs espagnols, Luis García Berlanga est l’auteur d’une œuvre qui ne se rattache à aucune école. Les cinéphiles se souviennent de son premier film, Ce couple heureux (1951), réalisé en collaboration avec Juan Antonio Bardem, un autre monstre sacré du cinéma espagnol durant le franquisme. Suit Bienvenue, Monsieur Marshall (1952), toujours d’après un scénario coécrit avec Bardem. Cette aimable satire de la société espagnole obtient un certain succès au Festival de Cannes. C’est sans compter la censure du régime. Les Jeudis miraculeux (1957) sont ainsi bloqués durant quatre ans.
A partir de Placido (1961), le cinéaste entame une collaboration fructueuse avec le scénariste Rafael Azcona. Ensemble, ils construisent une œuvre grinçante, anticonformiste, qui met le plus souvent en scène des personnages dérisoires bercés par l’illusion de la réussite sociale. El Verdugo - Le Bourreau (1963), qui ridiculise le principe de la peine de mort, connaît encore de sérieux problèmes de censure, et le cinéaste doit attendre Grandeur nature (1974) pour véritablement se relancer. Une fois le régime de Franco disparu, Luis García Berlanga retrouve sa veine anarchiste avec La Carabine nationale (1977), fable grotesque qui ne pardonne rien aux anciennes mœurs politiques espagnoles. [extrait de cinespagnol-nantes.com]