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Cycle Ciné-Collection - du 7 au 12 mai 2015

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Paris, Texas. (France, Grande-Bretagne, Allemagne de l'Ouest, U.S.A, Allemagne)

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19545960&cfilm=263.html
Film de Wim WENDERS. - (2h27 - VOST)
Avec : Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Dean Stockwell, Aurore Clément, Hunter Carson. 
Scénario : Sam Shepard, Wim Wenders et Kit Carson
Photo : Robby Müller
Musique : Ry Cooder
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19545960&cfilm=263.html

Frontière mexicaine. Un homme, Travis,  réapparaît du désert subitement après quatre années d'errance, dans la vie de son frère Walt, qui le croyait mort et a élevé son fils Hunter.  Aucune explication, Trévis a tout oublié. Ils partent pour Los Angeles récupérer le fils de l'ancien disparu, à la recherche de Jane, la mère de l'enfant. Une quête vers l'inconnu, une découverte mutuelle réunit ces deux êtres au passé tourmenté. 

Paris, Texas est une longue histoire.  Après une première version de scénario inspiré par des nouvelles de Sam Shepard, Wim Wenders et Shepard décident de réécrire l’histoire ensemble. Le travail à moitié fait, Shepard, acteur, s'en va sur un tournage ... Kit Carson, papa de l’enfant qui joue Hunter, est également scénariste. Il va relancer le travail d’écriture. Par téléphone, nuit après nuit, Wim Wenders et Sam Shepard poursuivent l’écriture du scénario. C'est son assistante, Claire Denis, qui retranscrit les textes pour tourner le lendemain. C’est au cours du tournage que le titre définitif, Paris, Texas, sera donné.
Harry Dean Stanton
Le film démarre lentement, suivant le rythme de Travis, qui est à pied. Il prendra, avec les retrouvailles des deux frères, son rythme de croisière, celui de la route. Cette route entre le Texas et la Californie sera donc de la reprise de possession de sa vie. Travis ne dit rien, ne mange pas et ne dort pas. Il refuse de prendre l'avion pour retourner à Los Angeles, ce qui oblige son frère à faire tout le trajet en voiture. Ce n'est que progressivement qu'il retrouve l'usage de la parole. Lorsque son frère lui demande où il espérait aller en errant dans le désert, Travis répond enfin qu'il comptait se rendre à Paris, au Texas, où ses parents l'auraient conçu. A moins que ce ne soit un prétexte pour prolonger la route, pour avoir plus de temps pour se préparer. Il lui en faudra du temps pour parvenir à gagner la confiance d’Hunter, dont il n’a connu que les quatre premières années. C’est ensuite en sa compagnie qu’il partira rechercher Jane, la maman d’Hunter. Ce sera un moment difficile pour lui car il sait que la fin de la route est proche et que son amour pour ces deux êtres n’a jamais été aussi grand. Tellement grand qu’il leur en donnera la plus belle des preuves.

Le caméraman Robby Müller a réussi le magnifique travail de donner à chacun des plans du film la même atmosphère. Que ce soit le bleu du ciel du désert, que l’on retrouve sur la peinture de la voiture de location, et plus tard sur celle que Travis s’achète, en passant par les murs du bâtiment où travaille Jane, ou les tons de sa pièce de travail. La véritable couleur dominante étant cela dit le rouge :  casquette que porte Travis au début, couvre-lit du motel, chemises du père et du fils retrouvés, Chevrolet avec siège et plage arrière avec des objets dans les mêmes tons de rouge, même le pull-over rose que Jane porte prendra une teinte rouge alors qu’elle est sans le savoir confrontée à Travis. Dans la chambre d’hôtel à la fin du film, Hunter porte des chaussures rouges et sur la télé se trouve une bouteille de ketchup, autant de détails qui fourmillent tout au long du film. C'est le fil rouge du film doublé d’un incroyable travail sur la lumière que Müller a du effectuer pour balancer la luminosité du désert avec les intérieurs. Ainsi, le film est parsemé de scènes transformées en bains de lumière colorée au gré de néons de couleur verte, rouge ou bleue, comme autant de tableaux donnant une atmosphère unique au film. 
Nastassja Kinski
Ces scènes sont comme des états en suspens dans le déroulement de l’histoire, que ce soit celle dans laquelle le médecin examine Travis au tout début du film, celle de son retour dans le monde des vivants ou encore quand il apprend où il peut retrouver Jane, celle où il traverse le lieu où elle travaille, passant de l’atmosphère verte à la rouge, avant de traverser la bleue qu’il retrouvera lors du monologue de fin. 
Ce travail sur la lumière n’a pas amoindri le soin apporté aux cadres, et bien qu’une grande partie du film se passe sur la route, Wim Wenders et Robby Müller ont fait attention à ne pas enchaîner les mêmes prises de vues mais ont au contraire travaillé à les varier le plus possible. Ils se sont même essayé au splitfocus, qui donne un arrière-plan aussi net que le premier, pour des plans d’une jouissive perfection, rendant ce long trajet en voiture des plus intéressants. 
Wim Wenders
La guitare de Ry Cooder, seule musique utilisée dans le film, vient ajouter une émotion supplémentaire. Ses accords viennent caresser les images pour leur donner une lumière, un accompagnement en totale harmonie.A cela vient s’ajouter le travail des acteurs notamment Harry Dean Stanton. Il a déjà une longue carrière  mais Travis sera son premier rôle principal. Dix ans trop tard selon Wim Wenders, mais jamais trop tard pour le spectateur. Nastassja Kinski avait déjà joué pour Wenders -elle avait alors quatorze ans- : il retrouve une actrice accomplie dont le face à face avec Harry Dean Stanton est le moment le plus intense du film. Un long plan sur le visage de l’actrice qui donne une résonance particulière aux mots du monologue de Travis. L’émotion à l’état brut. 
Dean Stockwell  fait tout son possible pour rendre sa vie à Travis, même si c’est au détriment de la sienne. Alors qu’Aurore Clément, sa femme à l’écran, est lumineuse en mère de substitution de Hunter. Celui-ci est interprété par Hunter Carson qui, du haut de ses huit ans, a prouvé selon Wim Wenders un bel esprit d’improvisation.
Si Paris, Texas a obtenu la Palme d’Or, le prix international de la critique et le prix œcuménique à Cannes en 1984, c’est parce qu’il représente l’accord parfait entre un scénario bien écrit, des images d’une telle beauté qu’elles en deviennent des tableaux,  des acteurs qui donnent une dimension à leur personnage et une musique qui accompagne si bien qu’elle devient l’ombre des images. 
"Le film le plus beau et le plus émouvant de ces vingt dernières années, et ce pour longtemps encore" dit  Carine Filloux dont on a repris ici en partie la chronique - [Extrait de filmdeculte.com]