-.- Accès rapide aux rubriques -.-




________________________________________________________________________________________________________________
_

Cycle Ciné-Collection - semaine du 24 au 28 octobre 2015


http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19551270&cfilm=86795.html
Film de Michael CACOYANNIS. - (2h22 - VOST)
Avec : Anthony Quinn, Alan Bates, Irène Papas.
Musique : Mikis Theodorakis
Genre : drame, aventure.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19551270&cfilm=86795.htmlScénario - Basil, un jeune écrivain britannique, retourne en Crète pour prendre possession de l’héritage paternel. Il rencontre Zorba, un Grec exubérant qui insiste pour lui servir de guide. Les deux hommes sont différents en tous points : Zorba aime boire, rire, chanter et danser, il vit à sa guise alors que Basil reste empêtré dans sa bonne éducation. Ils deviennent cependant amis et s’associent pour exploiter une mine. 


Critique 
« Certains, sensibles ou allergiques au folklore, s’arrêteront au côté dépliant touristique de Zorba le grec (la Crête, ses rivages limpides). Il faut suivre, pourtant, l’aventure initiatique du discret Basil, dans la blancheur aveuglante et les ombres profondes d’un pays hors du temps. Peu à peu, ses yeux s’habituent, distinguent les subtilités de la comédie humaine qui se joue devant lui. A travers l’appétit, l’éclatante vitalité de Zorba, il réapprend à vivre et à vaincre ses peurs. La caméra, magnétisée, rôde sans cesse autour d’Anthony Quinn : presque un one-man show, du pur cabotinage, mais chaleureux, éclatant et virtuose. Le film permit à Lila Kedrova de remporter l’Oscar, dans un rôle qu’avait refusé Simone Signoret (une question d’âge). Et il rendit populaire, des mois durant, sur une musique de Mikis Theodorakis, le sirtaki. » Cécile Mury – Télérama

Pour aller plus loin  
Michael Cacoyannis avait déjà, avec Stella, réalisé un long-métrage tragique autour d’un personnage central et polarisant. Dès son titre, Zorba le GrecAléxis Zorbás en version originale – annonce qu’il va prendre le même parti. Et, comme Stella, le colosse du film célèbre la vie, quitte à brûler la chandelle par les deux bouts. Mais quand Stella était la réécriture d’une tragédie grecque, volontiers excessive dans les caractères de ses personnages, Zorba le Grec adopte une visée plus universaliste. Aidé par la célèbre bande originale de Míkis Theodorákis et le sirtaki, danse créée à l’occasion du film qui allait devenir un des clichés associés au peuple grec, Zorba le Grec a acquis la réputation d’une carte postale filmique du pays. Le film, probablement un des plus célèbres du cinéma grec, n’explore pourtant que de loin les traditions locales, et n’évoque l’environnement et les habitants crétois que dans leur dimension menaçante et étrangère (la plupart de leurs dialogues en grec ne sont d’ailleurs pas traduits). Le peuple grec est une foule muette, compacte, cruelle, simplement présente pour rendre les sentences. Certes, « le peuple de Crète » est crédité au générique, mais Cacoyannis s’est éloigné de la représentation de l’« âme du peuple grec » [1] qui motivait Stella, réalisé quelques années auparavant. La seule production, grecque, américaine et anglaise, ou le choix d’Anthony Quinn pour incarner « le Grec » suffiront à s’en convaincre.
-


Face à Zorba, personnage à l’allure de simplet, l’écrivain et essayiste Basil (Alan Bates) vient en Crète pour réhabiliter l’exploitation minière de son père disparu. Désigné par Zorba sous le surnom de « boss », cet individu sans réelle personnalité, dont le nom est à peine prononcé, adopte vite le statut de narrateur, d’observateur des événements. Bates, avec son visage poupin, délivre un contrepoint idéal à Anthony Quinn dans une opposition apparente de caractères : le cérébral et le physique, la tête et les mains. Néanmoins, si Basil incarne rapidement l’immobilisme, c’est bien Zorba qui devient le maître d’œuvre de la mine, ainsi que celui qui énonce les thèses généralistes : les hommes sont cruels, les femmes, elles, donnent tout.
La bonté comme salut - Zorba en tient pour preuve une Française immigrée en Crète, madame Hortense, qu’il surnomme affectueusement Bouboulina. Cette femme dont la décrépitude est affirmée représente la bonté que Zorba associe au sexe féminin : elle assure avoir sauvé les Crétois de la guerre en couchant avec des amiraux étrangers. Là où ce récit provoque le rire du « boss » et le mépris des habitants, Zorba est le seul à la considérer. Pour lui, peu importe la morale, la raison ou la bienséance, tant qu’il y a cette bonté sous-jacente qu’il ne trouve que trop rarement. Tout le personnage, admirable, du film de Cacoyannis, se raccroche à ce caractère, cette bonté qui s’oppose aux visages tantôt fermés, tantôt mesquins, du peuple. Zorba ne respecte pas les représentants religieux – et Cacoyannis non plus, figurant les moines défroqués ou hypocrites – parce qu’ils tiennent la mort comme sacrée, quand lui considère que seule la vie mérite ce statut. C’est d’ailleurs ce qui le tient éloigné de Bouboulina, qu’il refuse absolument d’épouser : sa déliquescence, son aspect trop proche de la mort [2].
La danse, et pas seulement celle de la célèbre fin du film, exécutée par Zorba et le « boss », figure le moyen choisi par le premier pour résister à cette promesse de mort qui plane sans cesse. 
La danse comme mouvement de vie, jusqu’à narguer la faucheuse en dansant jusqu’à l’épuisement : c’est bien le seul moment collectif qui trouve un semblant de salut auprès du réalisateur, avec l’irruption des musiciens. L’élan de vie, la vitalité que Zorba proclame à plusieurs reprises (« La vie, c’est aller au-devant des ennuis ») s’impose autant face aux obstacles existentiels (l’angoisse de la mort) que géographiques, matériels (la mine à réhabiliter). La danse finale des deux personnages, comme mouvement en réponse aux différents échecs qu’ils auront essuyés, a pu être assimilée à un mouvement de rédemption, voire de liberté finale face aux événements. Rien n’est moins sûr : Zorba, musicien et chanteur, souligne auprès de Basil qu’il ne jouera et chantera que lorsqu’il le voudra, en toute liberté. Il ne le fera pas. 

[1] Citation directe d’un des cartons de Stella.
[2] Pour l’anecdote, Simone Signoret quitta rapidement le tournage du film en laissant ce rôle à Lila Kedrova, car elle ne supportait pas l’enlaidissement imposé par le réalisateur.
Antoine OURY  -  février 2015 [critikat.com]
-

Michael Cacoyannis
-
De son vrai nom Mikhális Kakoyánnis, c'est un réalisateur et metteur en scène grec, né en 1922 à Limassol (Chypre), et mort en 2011. Il commence par étudier le droit à Londres mais préfére entrer dans une école d’art dramatique. Il devient alors acteur et metteur en scène de théâtre puis travaille ensuite pour la B.B.C (1941-1950).
Il revient à Athènes en 1953, où il travaille pour le théâtre et le cinéma. 
En 2010, il crée une fondation, avec un théâtre de 330 places, un cinéma de 120 places, une salle polyvalente de 68 places, une salle d’exposition, deux bars, un restaurant et une boutique.

Il est le réalisateur de Stella femme libre (1955), La fille en noir (1956), Electre (1962), Les Troyennes (1971),  Iphigénie (1977) …
Il fut cinq fois nommé aux Oscars (un record pour un artiste grec) : meilleur réalisateur, meilleure adaptation et meilleur film pour Alexis Zorbas et meilleur film étranger pour Électre et Iphigénie.
  -