-.- Accès rapide aux rubriques -.-




________________________________________________________________________________________________________________
_

Cycle Ciné-Collection - Projections du 5 au 7 février

--

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=247.html
http://charlieu-cinemaleshalles.blogspot.fr/2015/08/saison-2015-2016.htmlFilm de Josef VON STERNBERG. - (1h32 - VOST)
Avec : Gary Cooper (Tom Brown), Marlene Dietrich (Amy Jolly), Adolphe Menjou (La Beissière), Ullrich Haupt (Adjudant Caesar), Juliette Compton (Anna Dolores), Francis McDonald (Caporal Tatoche), Albert Conti (Colonel Quinnevières), Eve Southern (Madame Caesar), Michael Visaroff (Barratire)
Genre : romance, drame.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=247.html
Synopsis - Sur un paquebot, en vue des côtes marocaines, une jeune femme refuse l'offre que lui fait un homme distingué, Mr La Bessière, mécène fortuné, dilettante et peintre à ses heures perdues, de l'aider à s'installer dans le pays. A Mogador, elle est engagée pour chanter, sous le nom d'Amy Jolly, dans un cabaret où se mêlent notables influents et soldats de la Légion étrangère. Elle remarque un beau légionnaire, Tom Brown, et glisse dans sa main la clef de sa chambre. Tom est séduit mais réticent. De son côté, La Bessière est amoureux et entreprenant. Lequel des deux emportera le cœur de la belle artiste de cabaret ?...
Coeurs brûlés (1930) ou dans son titre américain Morocco est clairement un chef-d’œuvre du cinéma. Il fait partie des sept films du duo Marlene Dietrich/Josef von Sternberg L'Ange bleu (1930),  Agent X 27 (1931), Shanghaï Express (1931), Blonde Vénus (1932),  L'Impératrice rouge, et La femme et le pantin (1935).


Marlene Dietrich et Josef von Sternberg
Éléments d'analyse - Bien qu’il fut tourné après L’Ange Bleu, Coeurs Brûlés sortit avant lui aux Etats-Unis et c’est donc avec ce film que Marlene Dietrich est devenue une star outre-Atlantique. Une chanteuse de cabaret échoue à Mogador, au Maroc. Elle y rencontre à la fois un richissime gentleman et un légionnaire qui collectionne les conquêtes féminines. Elle va hésiter entre le cœur et la raison. Cœurs Brûlés est bien plus convaincant que L’Ange Bleu [...]  par le déroulement de son scénario, bien mis en place, et aussi par son climat presque onirique. Sur ce point il s’inscrit tout à fait dans la lignée des films muets (nous sommes en 1930 au tout début du parlant), il a cette nonchalance aristocratique, paraissant presque inaccessible, impression accentuée par le fait que tout est tourné en studio.  Cette histoire d’amour fou permet à Sternberg de mettre parfaitement en valeur Marlene Dietrich avec de très beaux gros plans sur son visage, notamment dans la scène où Gary Cooper va la rejoindre dans sa chambre, superbe scène pleine d’ambiguïté, presque en demi-teintes, où Marlène paraît mystérieuse, forte et vulnérable à la fois. Pour le côté provoquant, on notera sa première apparition sur scène habillée en homme, smoking et haut de forme, et le baiser sur la bouche d’une femme : Paramount utilisera comme accroche publicitaire « La femme que même les femmes peuvent désirer »...!
Gary Cooper et Marlene Dietrich
[Extrait de Blog.LeMonde.fr]
Ici, Von Sternberg développe comme peut être jamais vu auparavant dans son œuvre une incroyable galerie de tableaux, où chaque plan est une espèce d'image d’Épinal. Par exemple, il se plait à filmer l'arrivée et le départ de la légion étrangère d'un village marocain. Mais il se plaît aussi à filmer individuellement Gary Cooper, qui est l'objet de toutes les attentions féminines des indigènes. Dès le début, une fille lui fait un signe avec ses doigts et un autre de sa tête, comme pour lui dire le prix pour du sexe. Le ton est donné. Et le film naviguera entre la grâce absolue et les audaces les plus incroyables pour l'époque. Et que dire, sinon que plus de 80 ans après, on reste littéralement scotché par certaines scènes. Ainsi on constate que Marlene Dietrich avait bien les plus belles jambes d'Hollywood à cette époque. Mais ce n'est pas seulement un peu de l'anatomie de la belle Marlene qui nous est proposé ici, mais aussi une superbe histoire d'amour.

En effet, Gary Cooper soldat de la légion essaye de conquérir cette femme insaisissable dans un amour impossible mais que rien ne semble devoir arrêter. Adolphe Menjou n'est ici que le prétendant qui tente vainement de contraindre cet amour entre deux êtres qui ne se connaissent pas mais qui s'attirent. Ainsi ce qui marque le plus, c'est peut être le caractère mystérieux des deux protagonistes, au passé inconnu mais que l'on devine tragique. Pourquoi un Américain se serait-il engagé dans la légion, et pourquoi une jeune femme viendrait-elle comme danseuse de cabaret dans une boîte minable du Maroc, sinon pour fuir un drame. On devine alors que ce n'est pas seulement l'amour animal qui les réunit, mais bien aussi la terrible certitude d'appartenir tous les deux à la caste des déracinés et des proscrits.

Film formidable où l'action est systématiquement sacrifiée au nom de la romance, Cœurs brûlés est un chef-d’œuvre absolu du cinéma, qui fait écho à une chanson de la même année, "parlez moi d'amour" de Lucienne Boyer. Oui l’œuvre de Sternberg fait bien ici résonance à une époque. Le film devait obtenir un succès monumental, totalement mérité. On peut pour finir, laisser la parole au réalisateur : "L'image, le son, l'abstraction et leurs effets sur le spectateur tout liés entre eux doivent s'ordonner selon un rythme interne, une orchestration qui, quoiqu'elle s'évanouisse avec le film, subsiste comme une résonance. C'est cet au-delà du son, cette résonance immatérielle, cette sorte de vibration qui se prolonge, que je recherche."

Dans ce film, cet objectif a été accompli au delà de ce que l'on croyait possible. En effet, Cœurs brûlés nous laisse une impression terrible bien après la dernière image.

[Tiré de HollywoodClassic]
  
Josef Von STERNBERG
   

Né dans une famille de la classe moyenne juive de Vienne, le petit Jonas Sternberg a deux ans quand son père, Moïse, au sortir d'un service militaire, part chercher du travail aux États-Unis. A sept ans, en 1901, il le rejoint avec sa mère. Le projet est un échec et, en 1904, la famille retourne à Vienne. En 1910, elle tente de nouveau le Nouveau Monde et s'installe à New York dans le Queens, où le père, désormais appelé Morris, trouve à travailler dans un atelier de confection de dentelles. Jonas a quatorze ans et intègre avec d'autres enfants d'émigrés l'école publique de son quartier. La misère familiale ne lui permet pas d'achever ses études et l'oblige à prendre un travail de garçon coursier dans un entrepôt de dentelles.
 
De la dentelle, le jeune homme passe à un entrepôt cinématographique, où il est chargé de nettoyer et réparer des films. Cette première expérience de la manipulation de la pellicule lui permet vers 1915 de se faire embaucher à Fort Lee, dans le New Jersey, comme monteur. Il y est remarqué et soutenu par Emile Chautard.

A l'entrée des États-Unis dans la Grande Guerre, en 1917, Jonas Sternberg intègre le  service de propagande des armées, où il occupe un poste d'opérateur. A la démobilisation, Emile Chautard le choisit pour être son assistant réalisateur lors d'une adaptation du Mystère de la chambre jaune, qui sort en 1919.Il travaille comme assistant pour plusieurs metteurs en scène et remplace Roy William Neill, malade, dans le tournage de plusieurs scènes. Pour son premier rôle, il est inscrit au générique sous le nom de von Sternberg (peut être par assimilation à Erich von Stroheim ?).
-
L'acteur de théâtre britannique George K. Arthur lui demande d'être dirigé dans un film qui marquerait ses débuts à l'écran. Sternberg lui soumet un scénario et réalise la même année (1925) The Salvation Hunters, qui surprend le public par son  réalisme et séduit Charlie Chaplin. Chaplin invite Douglas Fairbanks et Mary Pickford, ses associés de l'United Artists, à lui confier une réalisation, mais Mary Pickford refuse le scénario qu'elle lui a commandé. C'est avec la M.G.M. qu'il signe un contrat. Les débuts de Sternberg n'y sont pas très heureux. Il quitte le plateau de The Masked Bride, qui est achevé par Christy Cabanne en 1925. L'année suivante, The Exquisite Sinner est refait par Phil Rosen. A Woman of the Sea, commandé par Charlie Chaplin pour Edna Purviance, sera détruit avant d'avoir été jamais montré. Cette série noire s'interrompt quand il rejoint la Paramount. Les nuits de Chicago, tiré d'une histoire de Ben Hecht, et Les Damnés de l'océan le classent parmi les grands maîtres du muet.

Sa carrière prend un nouveau tour avec L'Ange bleu (1930), tourné en Allemagne. Pour la partenaire féminine d'Emil Jannings, il porte son choix sur Marlène Dietrich. Dans ses souvenirs, Sternberg affirmera avoir créé de toutes pièces le mythe de Marlène et minimisera le rôle de son interprète, qui protestera. Ensemble, ils tourneront six autres films (voir : au-dessus)

Sternberg déclare avoir "cessé de faire du cinéma en 1935", faisant allusion à la fin du cycle Marlène. Cependant Shanghai Gesture (1941 avec Gene Tierney), et surtout Fièvre sur Anatahan (1953) tourné au Japon, prouvent le contraire.

En 1965 il écrit ses souvenirs "Fun in a chinese Laundry" (Souvenirs d'un montreur d'ombres) :

"L'image, le son, l'abstraction et leurs effets sur le spectateur tout liés entre eux doivent s'ordonner selon un rythme interne, une orchestration qui, quoiqu'elle s'évanouisse avec le film, subsiste comme une résonance. C'est cet au-delà du son, cette résonance immatérielle, cette sorte de vibration qui se prolonge, que je recherche. "

Il meurt le 22 décembre 1969 à Hollywood d'une crise cardiaque.