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Cycle Ciné-Collection - Projections du 1 au 3 avril 2016

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Le cercle rouge. (France, Italie)

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19413641&cfilm=2358.html
http://charlieu-cinemaleshalles.blogspot.fr/2015/08/saison-2015-2016.htmlFilm de Jean-Pierre MELVILLE. - (2h30 - VF) 
Avec : Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volonte.
Genre : policier.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19413641&cfilm=2358.htmlScénario - Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, voyage en train avec un dangereux détenu, Vogel. Ce dernier parvient à s'échapper après avoir brisé la vitre et s'évanouit dans la campagne, malgré la mise en place d'un important dispositif policier chargé de le traquer. Pendant ce temps, à Marseille, Corey sort de prison après cinq années de détention. Un gardien lui indique une «affaire» dont un prisonnier mourant lui aurait confié le secret. Sans un mot, Corey l'écoute. A peine est-il libre qu'il «emprunte», sous la menace, une forte somme et une arme à Rico, son ami d'hier et son ennemi de demain. Les destins de Vogel et de Corey se rejoignent sur la route... Ils montent "l'affaire" donnée par le gardien : le cambriolage d'une joaillerie place Vendôme. Ils décident de s'adjoindre un tueur d'élite, Jansen, ancien policier radié pour ivrognerie. Le "coup" réussit parfaitement, mais lorsque Corey se rend comme convenu chez le receleur, celui-ci refuse de traiter avec lui, prétextant l'importance de l'affaire. Il découvre alors que cette affaire avait été montée par Rico, dans le seul but de dénoncer Corey à la police.

Afin de trouver un autre receleur, Jansen demande conseil à Santi, dont le fils vient d'être arrêté par Matteï pour affaire de drogue. Se faisant passer pour un éventuel acheteur de diamants, Mattéi attirera les trois hommes dans une maison isolée où ils trouveront la mort sous les balles de la police.


Analyse - Le titre choisi, Le Cercle rouge, s'explique par une citation empruntée à Bouddha, qui s’affiche à l’écran dès avant le générique : « Quand des hommes, même s'ils s'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents, au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. »

Ce « titre-citation » définit parfaitement un film où décors, personnages et comportements tournent autour du thème central de l'enfermement pour dessiner un destin qui ressemble à une tragique fatalité : c'est, en effet, un jeu du chat et de la souris ou, plus gravement, un jeu d'échecs et mat, c'est-à-dire de vie et de mort qui se déroule à l'écran entre les truands et les flics.

Les personnages n'ont pas de passé connu (sauf Jansen dont on sait qu'il est un ancien flic alcoolique) ni d'avenir défini - en dehors du « casse » à exécuter. Leurs sentiments sont par ailleurs rares et négatifs : la solitude, la claustration, la cupidité, la traîtrise et la méfiance régissent des rapports humains réduits à l’essentiel. Comme en écho à cette intériorité « vide », neige, pluie, boue salissent un espace extérieur très souvent nu - constitué de paysages désolés d'hiver ou de rues vides -, et fermé. Quant aux lieux personnels de la vie quotidienne, ils ressemblent plus à des zones de transit anonymes et oppressantes qu’à des univers intimes (cf. le papier peint à rayures verticales de la chambre de Jansen qui l'enferme aussi sûrement que les barreaux d'une prison).

Ces décors sont autant d'indices pour traduire le mal-être de personnages montrés dans leur seul comportement, c’est-à-dire à travers leurs gestes, leurs regards, leurs mouvements ou leurs actes. Car les dialogues sont rares et brefs. Autrement dit, c'est la mise en scène de Melville et sa direction d'acteur, qui, saisissant les personnages de l'extérieur, nous interdit l'approche psychologique traditionnelle. Le réalisateur nous propose, en effet, des personnages dés-humanisés pris dans un univers glacial. La femme - et l'amour – sont exclus d'un film exclusivement « viril ». Cette absence d'humanité se révèle dans la référence insistante aux animaux, que ce soit à propos des chats dont s'occupe affectueusement le commissaire Mattéi, ou des insectes qui hantent les cauchemars éprouvants de Jansen.

En écho à la figure élémentaire du cercle – et au titre -, le film s'inscrit dans une véritable épure, et propose une sorte d'abstraction sur les êtres, comme si les personnages montrés, depuis longtemps amers et désabusés, avaient abandonné leur part d'humanité pour ne plus conserver que l'animalité de leur instinct de survie.
Ce « cercle » les enferme une première fois lors de l'un des plus longs casses du cinéma : ils sont même alors présentés – toujours aussi instinctifs et peu humains – comme des « machines » appliquées, minutieuses, précises. Avant de se refermer une seconde et dernière fois à la toute fin du film.

On pourrait alors, en guise d'épitaphe, rappeler le jugement de l'Inspecteur Général des Services : « Il n'y a pas d'innocent. Les hommes sont coupables. » -« Même un policier ? », lui objecte Mattéi. « Tous les hommes. Tous coupables. », confirme l’Inspecteur. (1)
« Le Cercle rouge » s'est refermé...

Jean-Pierre MELVILLE  -  (1917-1973)

Melville apprend le cinéma en autodidacte fortuné...
Bien avant l'idée d'un cinéma d'auteur ne soit promue par les Cahiers du cinéma, Melville en expérimente concrètement les budgets modestes en réalisant Le silence de la mer en 1947 (d'après la nouvelle Vercors).
Il deviendra alors l'un des héros de la Nouvelle vague en marche. Il réalise alors Les enfants terribles (1950) puis  Quand tu liras cette lettre (1953). Bob le flambeur en 1956 ouvre la série des films noirs mais l'intrigue, située à Deauville, cède allègrement le pas au style et la forme balade supplante toute velléité d'efficacité narrative.

Avec Deux hommes dans Manhattan (1959), Melville se rapproche davantage du modèle du film noir américain... dont il s'éloigne à nouveau assez profondément avec Léon Morin prêtre (1961).

Le doulos (1962), est de nouveau un film noir situé en France avec une fin sous forme d'une série de flash-back qui contredit la forme classique utilisée auparavant. Dans L'aîné des Ferchaux (1963), d'après Simenon, c'est de nouveau la forme balade qui semble diluer la psychologie des personnages.

Le deuxième souffle (1966), Le samouraï (1967, Le cercle rouge (1970) et Un flic (1972) constituent la tétralogie policière finale où Melville manifeste un sens de l'ascèse que l'on retrouve aussi dans L'armée des ombres (1969) consacré à la résistance.

Les thèmes de Melville relèvent de deux sources, celle du film noir américain et celle du film de samouraï japonais :
* pour l'une : préférence accordée aux personnages par rapport à l'intrigue, vision pessimiste et taciturne du monde, et, chez les personnages, indifférence fondamentale à l'égard de l'échec ou de la réussite, considérés comme des caprices sans importance du destin ; rôle relativement secondaire de l'érotisme et de la femme dans la vie des hommes.

* pour l'inspiration japonaise : des policiers et des truands très proches qui constituent parfois des doubles troublants (comme chez Kurosawa). Chez Melville, flics et voyous ont des méthodes radicalement différentes, mais ils fréquentent les mêmes boîtes de nuit, parfois convoitent les mêmes femmes ainsi du commissaire lorsqu'il interroge la maîtresse du samouraï en mettant en œuvre tous les moyens possibles de séduction, sans succès.

On retrouve aussi le motif des hommes intègres et souvent mutiques, qu'ils soient gangsters, cambrioleurs ou résistants, doués d'un code de l'honneur et d'une éthique personnelle qui prévalent sur toute autre considération qui va inspirer plusieurs cinéastes internationaux comme Kitano, Joel Coen, Michael Mann ou encore John Woo.

Mais le style de Melville, c'est d'abord un sens de l'épure qui peut faire songer aux estampes japonaises : une sécheresse de trait, une forme d'acuité pour l'essentiel uniquement, et un sens de la dramaturgie qui ne s'embarrasse d'aucune forme de superflu. Les scènes d'action sont par exemple le plus souvent vidées de tout contenu spectaculaire : seule "l'exécution" l'intéresse, c'est à dire la façon dont les professionnels s'y prennent, la précision des gestes, la droiture des âmes et la solitude qui accompagne l'excellence acquise dans tel ou tel domaine. C'est pourquoi chez Melville, toute action s'accompagne d'une certaine ritualisation, d'une solennité qui confine à l'ascèse.

Melville se révèle ainsi l'un des grands cinéastes de l'image situation. Chez lui, l'action ne sert pas à transformer une situation mais à révéler la profonde vacuité de toute chose. Tous les hommes sont coupables et il ne sert à rien d'espérer, du moins dans ce monde-ci.

(1) Un rapprochement est à faire entre ce jugement de l'Inspecteur dans Le Cercle rouge et ce dialogue imaginé par Jean Giono dans ses Carnets :
« Tous les hommes sont méchants et misérables. - Tous ? - Tous.  - Même mon mari ?  -  Même votre mari.  - Même vous ?  - Même moi ... »
[D'après : libre savoir.org  &  cineclubdecaen.com]