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Cycle Ciné-Collection - Projections du 28 et 29 avril.

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Sans toit ni loi. (France, Grande-Bretagne)


http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19545942&cfilm=1052.html
http://charlieu-cinemaleshalles.blogspot.fr/2015/08/saison-2015-2016.htmlFilm d’Agnès VARDA. - (1h45 - VF)
Produit en 1985
Avec : Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Stéphane Freiss.
Genre : drame.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19397353&cfilm=1052.htmlScénario - Une jeune fille errante est trouvée morte de froid : c'est un fait d'hiver. Était-ce une mort naturelle ? C'est une question de gendarme ou de sociologue. Que pouvait-on savoir d'elle et comment ont réagi ceux qui ont croisé sa route ? C'est le sujet du film. La caméra s'attache à Mona, racontant les deux derniers mois de son errance. Elle traîne. Installe sa tente près d'un garage ou d'un cimetière. Elle marche, surtout jusqu'au bout de ses forces...

Analyse - La sortie de Sans toit ni loi en version restaurée est l’occasion de constater que, depuis 1985, le film n’a rien perdu de sa jeunesse.
Il faut cependant ajouter que la position d’Agnès Varda au sein du cinéma français a toujours été une position très particulière, qu’elle voulut radicale, et s’est ainsi maintenue en marge du cinéma dominant. On sent au contraire, dans tous les films de la cinéaste, un vrai désir de cinéma qui est le désir très simple d’aller vers les autres, de se tourner vers le monde en faisant tourner sa caméra et de ne pas s’enfermer dans la tour d’ivoire.

C’est ce désir de cinéaste qui empêche Sans toit ni loi de sombrer dans la désuétude, qui fait qu’il n’est pas le simple produit de son époque  et n’est pas un film social de plus ne faisant que dérouler méticuleusement son programme (comme le récent Deux jours, une nuit des Dardenne). La programmation est justement ce dont le film est exempt, Varda ayant commencé le tournage avec à peine deux pages de scénario, mais après de longs repérages, après être allée à la rencontre des « marginaux » qui peuplent son film pour simplement  les fréquenter, rester  à leurs côtés et partager un plan, une histoire ou un film.

Ce qui ne manque pas par contre, c’est le désir, désir par exemple de faire un bout de route avec Mona (la toute jeune Sandrine Bonnaire), une vagabonde sans toit ni loi, qui parcourt le sud de la France en hiver et qui meurt de froid dans un fossé. Désir d’en savoir un peu plus (que le fait divers des journaux), sans jamais en faire une « bonne » histoire, sans jamais imposer un implacable scénario aux différents personnages qui l’habitent mais en  captant la petite musique de chacun.
Le cinéma d’Agnès Varda ressemble plutôt à une cacophonie où chacun est libre (comme Mona) d’entrer ou non dans la fiction, d’avoir ses petites histoires et de s’en inventer une si ça lui chante (ou pas), faisant du film une réalité riche de fictions, tandis que le film social n’est trop souvent qu’une grande Fiction  qui avorte d’une pauvre réalité qu’aucun désir n’innerve.

Dans Sans toit ni loi,  le film se construit comme un puzzle, et c’est à partir des témoignages fictifs des personnes qui ont croisé Mona dans ses derniers moments,  que Varda reconstitue le parcours de la jeune fille, sans conclure à tout prix sur l’ultime vérité de Mona dont le mystère subsiste. Chacun parle de Mona en son nom propre, raconte sa vérité dans son histoire, y projette sans doute aussi ses désirs, ses rêves et ses peurs. Chacun s’affirme ainsi de façon singulière, sans ânonner son rôle de représentant d’une classe sociale. En dehors de toute lecture sociologique.

La liberté qu’exerce Mona est celle de ne pas croire aux idéaux des autres, quitte à ne pas à en avoir du tout, et refuse toute valeur qui ne lui serait pas propre. C’est en cela que Varda ressemble à Mona, car son cinéma est sans toit ni loi, c’est-à-dire qu’il n’est pas fondé sur des valeurs (des lois) qui lui préexistent mais sur des individus avec lesquels il co-existe : ces individus peuvent avoir des valeurs, mais leur existence morale ne dépend pas de celles déterminées par l’auteur.

Rien de plus éloigné du cinéma de Varda que le cinéma-policier  : elle n’interroge pas,elle fait simplement un brin de causette, en bonne voisine, avec ceux qui ont envie de parler. Et la force du film, sa grande dignité est de ne jamais forcer Mona à se raconter, de la laisser libre de n’aimer personne mais aussi de laisser libre les autres personnages.

Le risque pris par Varda est d’autant plus grand qu’elle intervient dans la fiction. Le film renonce à donner une totalité (celle du plan d’ensemble) pour livrer un fragment de la réalité, en s’intéressant à la petite histoire, celle qui ne laisse pas de traces et qu’on ne trouve pas dans les manuels d’histoire) 
Il y a du sublime dans Sans toit ni loi comme dans le visage énigmatique de S. Bonnaire : le mystère de Mona reste entier nous faisant entrevoir que dans chaque individu quelque chose nous résiste et nous dépasse. En cela réside sans doute le secret du monde, son inaltérable beauté.
[Extraits de critikat.com - Conte d'hiver, par Sara RI] 
  
Agnès Varda 

 Réalisatrice, scénariste, dialoguiste, née à 928 à Bruxelles, elle étudie à l'Ecole du Louvre et à la faculté de lettres de Paris. Pendant dix ans elle est photographe auprès de Jean Vilar. En 1954, elle se lance dans le cinéma avec un long-métrage déjà annonciateur de la Nouvelle vague : La Pointe courte.
Agnès Varda rompt avec la narration propre au cinéma dominant et invente la cinécriture : c'est de l'image que doit naître l'histoire et non l'inverse. Sensible mais distante, Agnès Varda fait circuler un véritable corridor entre fiction et réel grâce à une mise en scène résolument décalée. D'où l'aspect légèrement documentaire de Cléo de 5 à 7 (1961). Varda y filme un double drame. Celui du mannequin que deux heures séparent du résultat de ses analyses médicales, puis celui de la femme qui, au fil de son errance entre Montparnasse et le Parc Montsouris, ouvre soudain les yeux sur sa condition d'objet.
Le Bonheur (1964) est une fable sur une donnée de l'existence dont la signification demeure insaisissable. Pour marquer le contraste entre la nature, la sensualité, où s'inscrit le bonheur, et le conflit, Varda joue de sa maîtrise des couleurs. Puis elle tourne avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli pour Les Créatures (1965). Après Loin du Vietnam (1967), reportage co-réalisé avec Klein, Lelouch, Ivens, Godard, Marker et Resnais, puis Lions love (1969), chronique improvisée à Hollywood, Varda tourne Daguerréotypes (1975), un documentaire sur les habitants et les commerçants de sa rue, la rue Daguerre.
L'Une chante, l'autre pas (1976) met en scène deux femmes, deux conditions féminines filmées avec un recul amplifié par les quinze années qui les séparent. Puis, en 1980, Varda construit deux films sur Los Angeles, Documenteur et Murs murs.
Le film qui la consacre demeure Sans toit ni loi (1985) et lui permet d'obtenir le prix Méliès et le Lion d'or à Venise. Une marginale est retrouvée morte un matin d'hiver au bord de la route. Agnès Varda reconstruit les deux derniers mois de la jeune femme par des flashs-backs.
A la mort de son époux Jacques Demy en 1990, elle réalise trois films en son hommage : une fiction, Jacquot de Nantes (1990) et deux documentaires, Les Demoiselles ont eu 25 ans (1992) et L'univers de Jacques Demy (1995).
A l'aide d'une caméra numérique, elle réalise Les Glaneurs et la glaneuse (1999), un documentaire sur le glanage très bien reçu par le public et les critiques. Elle reste ensuite dans le documentaire, cette fois-ci plus personnel avec Quelques veuves de Noirmoutier (2004) et surtout Les Plages d'Agnès (2006) : un auto-portrait à la fois privé et professionnel, qui lui vaut, en 2009, le César du Meilleur film documentaire.
Pour la télévision, Agnès Varda tourne Une minute pour une image (1983) et écrit quelques ouvrages dont : Varda par Agnès (1994) et L'île et elle (2006).
En 2006, Agnès Varda, qui aime à se définir vieille cinéaste et jeune plasticienne, expose à la Fondation Cartier sur le thème de l'île de Noirmoutier. Elle y rassemble textes, photographies et une dizaine d'installations vidéo. Trois ans après, elle présente Les cabanes d'Agnès lors de la Xème Biennale d'Art contemporain de Lyon (2009-2010).

Elle obtient un prix pour l'ensemble de l’œuvre, en 2001 aux César du Cinéma Français, et reçoit une Palme d'honneur, au Festival de Cannes 2015.