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Ciné-Collection - semaine du 25 au 31 janvier 2017

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Ce film de Bertrand TAVERNIER n'est pas un film de Ciné-Collection au sens strict, qui exige d'avoir franchi avec bonheur les années et revient comme une re-découverte d'un temps oublié. Au contraire, il est tout récent, a été présenté au Festival de Cannes en mai 2016 et vient d'être projeté dans les salles de cinéma française.
Néanmoins, il revisite, sous l'angle personnel de ce grand cinéaste, bien des films du répertoire français relevant du label "ciné-collection". Une longue collection précisément de chefs d’œuvre que Tavernier présente, commente, analyse avec bonheur. Le bonheur de ce grand expert du cinéma qui va de la fin des années 20 aux années 70. Cinéastes, acteurs, actrices, événements, polémiques, coup de cœur, tout ce qui a fait l'histoire du cinéma est là ! Une merveille. 

 
Voyage à travers le cinéma Français. (France)

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19565031&cfilm=232390.html
http://charlieu-cinemaleshalles.blogspot.fr/2016/05/saison-2016-2017.htmlFilm de Bertrand TAVERNIER. - (3h15 - VF)
Avec : Bertrand Tavernier, André Marcon.
Genre :  documentaire.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19562857&cfilm=232390.htmlCe travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, au Vigo de l’Atalante, à Duvivier, aussi bien qu’à Truffaut ou Demy. A Max Ophuls et aussi à Bresson. Et à des metteurs en scène moins connus, Grangier, Gréville ou encore Sacha, qui, au détour d’une scène ou d’un film, illuminent une émotion, débusquent des vérités surprenantes. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver.


Analyse - extraits de critikat.com

Ancien critique aux Cahiers du Cinéma comme à Positif, Bertrand Tavernier est depuis longtemps un écrivain de cinéma. On le connaît pour ses ouvrages sur le cinéma américain, ainsi que pour son blog DVDblog dans lequel il revient chaque mois sur les nombreuses sorties DVD qui mettent à l’honneur le cinéma de patrimoine. Tavernier est un dévoreur de cinéma, qui ne peut se contenter de faire des films : il doit aussi partager son amour pour les films des autres.


B. Tavernier à Charlieu en décembre 2013
Voyage à travers le cinéma français n’est pas un exercice original en soi, puisqu’il fait référence aux fameux Voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain et Mon voyage en Italie. Comme Scorsese, Tavernier arrête son voyage au moment où sa carrière de cinéaste prend son envol, au début des années soixante-dix. Il adopte essentiellement la posture de spectateur, de passionné d’histoire et de témoin pour se pencher sur cette période désormais lointaine du cinéma français.
Certes, son essai n’est guère surprenant formellement : Tavernier aligne les extraits de films, commentés en voix-off de façon didactique, ou prend la parole face à la caméra de manière très sobre. Mais fort de cette humilité, le film montre ses plus belles qualités en se mettant au service des artistes, souvent avec émotion. Tavernier se plaît lui-même à se décrire comme un ambassadeur admiratif. Ces trois heures de film, au cours desquelles il célèbre les artistes de cinéma connus ou méconnus qui ont marqué sa vie, s’avèrent nécessaires tant elles parviennent, au-delà de ce qui a déjà été raconté mille fois, de dessiner une histoire secrète et intime du cinéma français.





Une admiration totale pour le cinéma - Tavernier retrace la filmographie des ses maîtres Jean Renoir et Jacques Becker, et livre un témoignage précieux sur sa relation avec ses deux parrains de cinéma, Jean-Pierre Melville et Claude Sautet qui l’ont accompagné à ses débuts. Il se permet de multiples digressions où il rend hommage aux grands acteurs, par exemple Jean Gabin et Eddie Constantine, ou au compositeur Maurice Jaubert qui a signé de grandes partitions (L’Atalante, La Fin du jour) dans les années 1930 avant de mourir prématurément. Tavernier, qui se livre à des analyses passionnées d’extraits de films, est loin d’être obnubilé par les seules qualités de mise en scène des auteurs, et considère le cinéma dans tous ses aspects, évoquant le travail des acteurs, des chefs décorateurs, des musiciens, etc. De manière très convaincante, Tavernier tisse également des liens plus ou moins explicites entre des réalisateurs aussi différents que Bresson, Becker et Melville, en insistant sur l’attention obsédante que portent ces cinéastes pour les gestes et les rites quotidiens.
Guerre et rupture

Riche en précisions historiques, en analyses, et en anecdotes qu’il serait trop fastidieux de résumer ici, le film tire surtout sa profondeur et sa mélancolie dans le trajet autobiographique que Tavernier dessine en creux, depuis son souvenir de la libération de Lyon en 1944 jusqu’à son aventure d’assistant réalisateur sur Léon Morin, prêtre (1963) de Melville dont l’histoire se déroule justement pendant l’occupation. Sa vie – et sa vie de cinéma – commencent en pleine Seconde Guerre mondiale. Les années d’occupation sont un point de rupture dans l’histoire du cinéma français, à l’image des cheveux de Gabin qui se sont mis à soudainement blanchir lors de son engagement dans les Forces navales françaises libres, ou plus tristement des positions politiques complaisantes de Renoir vis-à-vis de Pétain avant son exil pour l’Amérique. Si, après la Libération, la Seconde Guerre mondiale continue de hanter le cinéma de Melville ainsi que les rôles de Gabin, la jeune génération de la Nouvelle Vague est quant à elle touchée directement par un autre conflit, la guerre d’Algérie, au cœur d’Adieu Philippine de Jacques Rozier et de Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda, cités rapidement par Tavernier.


B. Tavernier au Cinéma les Halles en décembre 2013

La mélancolie du cinéphile - Avant de clore son voyage sur son admiration pour Sautet, Tavernier raconte sa carrière d’attaché de presse et les efforts qu’il a employés pour défendre les films de Godard, dont Pierrot le Fou. Le voyage de Tavernier, en s’articulant autour de la Seconde Guerre Mondiale (des années 1930 jusqu’à la fin des années 1960), prend une dimension mélancolique et tragique, certes beaucoup moins appuyée que dans les Histoire(s) du cinéma de Godard, mais sensiblement proche. La mélancolie du film est aussi purement cinéphilique, c’est-à-dire que ce voyage se regarde comme l’on traverse un monde disparu, hanté par les morts qui revivent le temps de la projection. Le cas de Gabin est un bel exemple de la puissance avec laquelle le cinéma rend compte du vieillissement. Comme des rides qui creusent la peau, les lignes de vie s’entrelacent inextricablement au sein de sa filmographie qui finit par avoir l’allure d’une véritable biographie filmée sur plus de quarante ans.

En attendant la suite - Le générique de fin – qui liste des artistes et des auteurs non mentionnés dans le film comme Jacques Tati – suggère la sortie de nouveaux chapitres, qui prendront la forme d’une série télévisée d’au moins huit épisodes. Cependant, la limite de cet essai n’est pas de ne pas documenter exhaustivement la période chronologique fixée par Tavernier. Au contraire, c’est peut-être de ne pas avoir su transgresser ce cadre patrimonial. Il tente de redonner vie aux œuvres grâce au plaisir communicatif de l’analyse et du commentaire, souvent brillants. Cependant, il ne pose pas assez la question de leur réception parmi les nouvelles générations, à l’inverse de Scorsese qui s’adressait aussi aux étudiants et les invitait à tirer des enseignements de ces classiques, à la manière des jeunes peintres qui autrefois copiaient les tableaux de maître. Au début de la troisième partie de son voyage à travers le cinéma américain, Scorsese dit : « Souvent, de jeunes réalisateurs me demandent pourquoi j’ai besoin de voir de vieux films. J’en ai tourné beaucoup depuis 20 ans. Et je leurs réponds que je me considère toujours comme un étudiant. Plus je tourne depuis vingt ans, plus je m’aperçois que je ne sais rien. Mais j’espère toujours découvrir quelque chose ou quelqu’un dont je pourrais apprendre. C’est ce que je dis aux jeunes réalisateurs, aux étudiants : faites comme ce que faisaient les peintres. Étudiez les grands maîtres. Enrichissez votre palette, élargissez votre répertoire. » Le voyage de Scorsese s’ouvre vers la pratique et vers la création du cinéma de demain, ce qui ne ressort pas dans le discours de Tavernier. Son essai n’en reste pas moins passionnant et mérite bien sûr d’être vu, à la fois pour mieux saisir le parcours du cinéaste, et poursuivre l’exploration de cette période charnière de l’histoire du cinéma français.