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Une funeste tragédie, mais de belles rencontres

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Le Cinéma les Halles a vécu une très belle soirée
 ce mardi 28 novembre, lors de la projection du film

DES BOBINES ET DES HOMMES
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 de la réalisatrice CHARLOTTE POUCH   
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Auprès d'elle, de nombreux invités :

PASCAL DUBOUIS, ex cadre de l'entreprise 
DRISS MONTADIR, délégué syndical
plusieurs anciens salariés  de l'entreprise roannaise  BEL MAILLE


Des salariés de BEL MAILLE, entourant Charlotte  POUCH
aux côtés de Paul Giraud, président de Au Fil du Temps


  Le directeur des TISSAGES de CHARLIEU, Eric BOEL 
avait été également invité  pour assurer le contre-point.


La réalisatrice évoqua d'abord le contexte du tournage de ce film document, en lien notamment avec celui d' Olivier ROUSTEAU, "La fille du patron", tourné dans la même  période au sein de cette entreprise.

BEL MAILLE, fleuron de l'industrie roannaise de tricotage, s'est en quelques années enfoncée dans les difficultés puis fut liquidée en 2014, jetant à la rue tous les salariés. Le patron avait réussi un double exploit : couler l'entreprise en 5 ans et quitter le navire quelques semaines avant le naufrage, dans une irresponsabilité complète. Il fut ensuite rattrapé par la justice : 1 100 000 € d'amende, doublée d'un interdiction d'exercer pendant 15 ans.

"Une vraie tragédie classique", selon les mots de Paul Giraud, avec ses ingrédients habituels -unité de lieu, de temps, d'action- et cette marche vers l'inéluctable destin de mort de l'entreprise. Si ce n'eût été la réalité et la vie des "bobines et des hommes", la tragédie aurait été belle ! En effet, "le scénario s'est imposé bien vite dans mon esprit", répondait la réalisatrice. Il suffisait de suivre la chronologie des choses et de montrer le courage dans une lutte -presque impuissante- de ces hommes et femmes. Illustration funeste mais exacte de ce que dit Jean Anouilh de la tragédie : quand "le ressort est bandé, cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul."    

Pascal, Charlotte, Driss et Eric.
Eric BOEL, visiblement accablé par le portrait du "patron voyou" qu'il avait eu l'occasion de croiser naguère, prit le temps de montrer qu'une entreprise bien organisée peut prendre un tout autre visage. Elle peut  rassembler des hommes et des femmes créatifs, dynamiques ; elle peut travailler pour l'intérêt de tous, dans un esprit de responsabilité et de solidarité. Et rendre possible l'accomplissement de chacun. Les tissages de Charlieu renvoient en effet  à cette image-ci et non à ce scandale-là. Mais un mauvais exemple, fût-il exceptionnel, reste un drame que toutes les belles entreprises du monde ne peuvent effacer !

Le public était venu nombreux ; quelques-uns même n'ont pu rentrer ! Inutile de dire combien tous les spectateurs furent choqués par le document et émus devant le courage, la solidarité des salariés. Il fut bien vite question de l'insuffisance de l'arsenal législatif  et des institutions. Et malgré les alertes lancées par les élus du personnel, la justice, l'inspection du travail, les politiques même n'ont pas été  à la hauteur de la gravité des faits.

Un public totalement en empathie avec les invités.
Les salariés présents ont pris la parole. Les uns pour expliquer la lutte et la solidarité, les autres pour évoquer leur rebond après le chômage ; tous pour dire l'amitié qui les lie désormais. C'était visible ! Ils n'avaient plus envie de se séparer et les conversations se sont poursuivies longuement dans le hall du cinéma.  Bravo et merci à eux.

Du coup, il fut peu question de cinéma proprement dit, tellement la réalité d'hier et d'aujourd'hui s'imposa dans l'échange. Néanmoins il faut aller voir ce film, tout en nuance, en finesse, avec une caméra qui caresse les "bobines" et "les hommes" à chaque instant, décelant leur force et leur vérité, leur transparence et leur dignité. Pour un premier long métrage, chapeau ! Charlotte POUCH a du talent, elle déborde d'humanité, on la reverra sans doute à Charlieu pour d'autres coups de maître.