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Cycle Ciné-Collection - semaine du 4 au 10 avril 2018

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18653560&cfilm=34003.html
http://charlieu-cinemaleshalles.blogspot.fr/2017/05/saison-2017-2018.htmlFilm de Sam PECKINPATH. - (1h52 - VOST)
Produit en 1975
Avec : Warren Oates, Isela Vega, Gig Young.
Genre : policier, thriller, action.

https://www.ticketingcine.fr/?NC=1104&nv=0000043481 Dans une hacienda mexicaine règne El Jefe, un riche et puissant propriétaire foncier. Sa fille étant tombée enceinte, il la torture pour qu'elle lui révèle le nom du séducteur : Alfredo Garcia. El Jefe offre alors une récompense d'un million de pesos à qui lui rapportera la tête de l'homme en question. Aussitôt accourent des aventuriers venus des quatre coins du pays. Benny, un minable pianiste de bar américain également alléché par la prime, apprend la nouvelle par deux tueurs, Quill et Sappensly. Or, Alfredo Garcia a été l'amant de son actuelle compagne, Elita. Celle-ci lui avoue que Garcia est récemment mort dans un accident de voiture. Benny l'oblige alors à le conduire sur sa tombe...

A la suite d'un échec personnel,  Sam Peckinpah, aidé de Franck Kowalski puis Gordon Dawson pour le scénario, entreprend un nouveau western.  Il fait appel à certains de ces acteurs fétiches : Warren Oates, Kris Kristofferson, Emilio Fernandez auxquels il ajoute la vedette du cinéma latino américain Isela Vega. Le tournage se déroule dans plusieurs villes du Mexique d'août à Noël 1973.

Critique - Télérama - avril 2006
Genre : conte macabre. 
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C'est sans doute le film le plus personnel de Peckinpah. Et le plus étrange. Au bord d'un lac, une jeune fille enceinte est alanguie. Son père, le cruel El Jefe, réclame la tête du séduccteur. Au sens propre !.

Ce pater autoritaire, cette assemblée qui rappelle l'Inquisition, et puis, soudain, des voitures et un avion qui se mêlent aux chevaux : Peckinpah brouille les repères temporels dès le début. Son film sera ainsi sans cesse partagé entre archaïsme et moder­nité. Dans le chaos poussiéreux de Mexico, Bennie végète dans un ­piano-bar. Ce ­gringo (Warren Oates, une légère ressemblance avec Michel Leeb !) ne veut pas louper sa chance de décrocher la récompense promise. Il entraîne sa fiancée dans la quête de la tête...

D'un romantisme baba au début (décapotable et guitare), la balade de Bennie tourne vite au cauchemar. Enterré vivant avec sa dulcinée (incroyable scène), puis colporteur solitaire de tête en ­décomposition, ce héros pitoyable roule vers la tuerie finale, la ­démystification du conte voulue par ­Peckinpah. Plus son costume blanc se macule de boue et de sang, plus sa « mission » l'écoeure, plus il houspille la tête d'Alfredo, assaillie de mouches sur le siège passager... Avec ce film baroque et nihiliste, Peckinpah ne se contentait pas d'envoyer la violence et ses pères six pieds sous terre : il engueulait ouvertement la mort. — Guillemette Odicino

Les Inrocks - 21 juin 1995

Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia marque la fin de la carrière hollywoodienne de Sam Peckinpah et se révèle un échec critique et commercial terrible, alors qu'il s'agit sans doute de son chef-d’œuvre. Lorsque les deux critiques Harry et Michael Medved ont élu Plan fine from outer space d'Ed Wood « film le plus nul de l'histoire du cinéma », Alfredo Garcia pointait en seconde position, juste devant Ivan le Terrible d'Eisenstein ! 
Structuré par une succession interminable de chambres d'hôtel sordides, de villages mexicains dévastés, de paysages déserts et arides gagnés par des nuages de poussière, Alfredo Garcia pourrait passer pour un film laid ? c'est plutôt un film sur la laideur. Si cette esthétique peut dérouter la critique traditionnelle, il est en revanche surprenant que le film ait aussi été désavoué sur la base de son scénario, alors que celui-ci, limpide, emprunte une forme narrative très codée le conte. Le film commence ainsi sur la figure omniprésente d'un père régnant sur un village mexicain (l'équivalent moderne du roi des contes de fées) formulant un vœu des plus excentrique et promettant une récompense fabuleuse à qui saura l'exaucer. Un certain nombre de personnages entrent alors en lice dans l'espoir de toucher la récompense, mais l'un d'eux (Warren Oates, dans son plus beau rôle) arrive à les doubler et à sortir vainqueur. Peckinpah aborde le conte sous un angle révolutionnaire, en délaissant l'aspect symbolique pour revenir à un niveau plus littéral. Lorsque le patriarche demande la tête de l'homme qui a couché avec sa fille, il ne parle pas par métaphore mais au premier degré. En adoptant ce parti pris réaliste, Peckinpah se livre à une critique règle de Morphologie du conte de Propp où le linguiste russe montrait que les contes populaires européens ont une morphologie identique. Selon Propp, le sens de la récompense dans les contes (un royaume et/ou la main de la princesse) est de propulser le héros en haut de la hiérarchie sociale en reconnaissance de ses services, lui évitant de questionner l'ordre établi dont il bénéficie au final.

La phrase de clôture traditionnelle « ils vécurent ensemble et eurent beaucoup d'enfants » vient signifier que l'ordre immuable du conte a été (r)établi. Mais le cinéma de Peckinpah est mû tout entier par la menace inévitable du changement, la fin d'une époque et le début d'une autre signifiant que les choses ne seront plus jamais comme avant. Le héros du conte de fées ne se pose jamais de questions, il ne se demande jamais pourquoi mais plutôt comment . Dans Alfredo Garcia, le personnage interprété par Warren Oates aborde sa quête de manière pragmatique (comment ramasser cette tête et la récompense) avant d'être gagné par une préoccupation beaucoup plus abstraite où il s'interroge sur le sens de sa quête. La récompense est si énorme que le bénéficiaire se sent en droit d'obtenir des explications. En d'autres termes, le héros remet en cause l'arbitraire de la quête qui d'ordinaire rend possible le conte un défi impensable dans la Morphologie de Propp, dont Alfredo Garcia est une critique à peine masquée. 
S. Blumenfeld