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Cycle Ciné-Collection - semaine du 10 au 16 octobre 2018 au 8 mai 2018

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http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19577254&cfilm=3598.html
http://charlieu-cinemaleshalles.blogspot.com/2018/08/saison-2018-2019.htmlFilm de Nelly KAPLAN. - (1h47 - VF)
Produit en 1969
https://www.ticketingcine.fr/?NC=1104&nv=0000035499Scénario : Nelly Kaplan, Claude Makovski, Jacques Serguine, Michel Fabre
Avec :  Bernadette Lafont (Marie), Georges Géret (Gaston Duvalier), Henry Czarniak (Julien), Claire Maurier (Irène), Julien Guiomar (le duc), Jean Parédès (M. Paul dit La Tisane), Pascal Mazzotti (l'abbé Dard), Jacques Marin (Félix Lechat), Francis Lax (Émile), Michel Constantin (André)...
Genre : drame .... ou comédie fantastique

https://www.ticketingcine.fr/?NC=1104&nv=0000035499Critique - Le duc (Julien Guiomar), en sa qualité de « premier adjoint » au maire du village, accompagné du cauteleux Tisane (Jean Parédès), herboriste tenant lieu d’apothicaire, annoncent à Marie (Bernadette Lafont) la mort accidentelle de sa mère, une pauvresse recluse avec elle dans une cabane au fond des bois. Les deux notables ont la mine contrite et fausse des regrets de circonstance : éminents membres de la communauté villageoise de Tellier, ils n’en partagent pas moins le même mépris que tous les autres habitants pour ces deux gueuses, la mère et sa fille, venues on ne sait d’où, vingt ans plus tôt, sur ce bout de terre à betteraves, nomades misérables à qui tous, magnanimes et chrétiens, accordèrent l’aumône et le droit de s’installer sur leur sol. À quel prix, Marie le rappellera plus tard à tous, et s’emploiera à rendre à chacun la vilaine soupe qui leur fut jetée, à elle et sa mère, comme à des bâtards dans la cour d’une ferme : le revenge movie des cambrousses, tourné en 1968 avec un budget famélique, a lui aussi pris sa revanche sur le pauvre destin que les nantis du cinéma d’alors promettait à cette réalisation franchouillarde et vulgaire d’une quasi-inconnue. Même après les événements de mai, aucun producteur ne cracha au bassinet de ce récit buñuelien où rednecks et white trash façon picarde faisaient le portrait outrancier d’une France rancie, bigote et fermée sur elle-même. Sorti dans deux salles parisiennes, le film devient culte ; la légèreté et l’ironie de Bernadette Lafont n’y sont pas pour rien, et les cabotinages d’une joyeuse bande d’excellents acteurs qui jouent cette comédie humaine sans se la raconter.
Marie couche-toi là
La vengeance de cette brune callipyge et terrienne est certes une comédie réjouissante ; en apparence, on pourrait presque croire que cette satire un peu lourde d’une campagne confite en médiocrité salace ne prête guère à conséquence. Marie, somme toute, maintient au sein de la communauté une forme d’équilibre entre les vices et les mensonges : les hommes sont tous voyeurs et les femmes, lesbienne enflammée ou mégères jalouses, sont toutes revêches. Un équilibre dont le coût sera discuté jusqu’en conseil municipal… Pourtant, à bien y regarder, cette fable gauloise où les « affreux, sales et méchants » ne sont pas les pauvres, comme chez Scola, mais les (petits) possédants de la France profonde, offre un tableau en négatif d’une société qui mettra encore bien des années pour enfin « libérer la femme » : les boulevards de Paris ont beau trembler sous les ruades de jeunes bourgeois révolutionnaires, la Marie couche-toi-là de Nelly Kaplan, à quelques kilomètres du Boul’Mich, raconte la France d’en bas, celle de l’au-delà des faubourgs où le droit de cuissage s’exercera encore longtemps. Scénarisée par l’auteur d’un Éloge de la fessée (Jacques Serguine), la comédie des mœurs paysannes de Nelly Kaplan n’a pas la prétention ni surtout la lourdeur du film à message. Le sien est d’autant plus fort : irrécupérable, Marie l’est complètement, qui fait payer même la riche fermière du village mais s’offre gratuitement au gitan mis au rebut, comme elle. Disciple de l’esprit libertaire du surréalisme des origines, celui d’André Breton, Nelly Kaplan commet un brûlot contre cet autre courant à la mode : le féminisme. Et rappelle par là même qu’on est toujours le migrant de l’autre : l’excellent Claude Géret, qu’on dirait tout droit sorti du Journal d’une femme de chambre, éructe encore contre les « romanichels » et les « étrangers » qui viennent corrompre la terre des propriétaires. Dans la société machiste et libérale, où les possédants (« de pure souche » en premier lieu) sont les plus forts, cette dirty Marie renvoie l’image d’un femme qui sait utiliser son corps, instrument de la sujétion, pour mieux soumettre ses oppresseurs.
Marie pleine de grâce
Nelly Kaplan fait avec La Fiancée du pirate le film de sa vie, porté par une forme de grâce assez unique dans le cinéma français. Elle le fait aussi avec un goût certain et subtil pour le détournement : ainsi Marie se fout de la politique comme de son premier panty, mais ne néglige aucun détail de la savante et étonnante décoration dans la masure de planches et de torchis qui lui tient lieu de toit. Ce refuge où la mignonne chauve-souris clouée sur le panneau de bois côtoie la pancarte qui dit « Non, non et non ! » et le portrait de feu son père en bagnard est évidemment un refuge pour l’esprit : admiratrice d’André Breton, Nelly Kaplan rend hommage à un mouvement poétique qui le premier s’intéressa aux objets ordinaires pour y voir autre chose que ce qu’ils sont. L’air de rien, Marie instaure un espace de poésie pure dans la fange de son sous-bois : avant de quitter le village du Tellier, elle offre en pâture à la brutalité et la sottise de ses congénères un amoncellement magnifique et spontané, celui des mille objets accumulés depuis la mort de sa mère, qui dessine une œuvre d’art imprévisible et momentanée, fragile et insensée. Une pure sculpture d’art brut. En 1969, à mille lieues du mythe consumériste d’une femme libérée par l’électroménager, Marie flatte l’inutile et y trouve la beauté. « C’est mon opéra », déclare-t-elle entre deux effeuillages, un Opéra de Quat’Sous où la beauté est hasardeuse et trouve sa grâce dans un regard différent sur le monde matériel – tout en explorant avec malice ses dernières trouvailles, et sans négliger d’en pervertir l’usage. Discrète mais solide perversion esthétique dont le film, intact en sa jeunesse et son audace, peut se vanter d’affirmer la vigueur et la constance.
Max Robin
[Extrait de www.critikat.com]

Nelly KAPLAN
Nelly Kaplan est une écrivaine et cinéaste française. Née à Buenos Aires, elle commence des études de sciences économiques.
En 1953, elle arrive à Paris comme représentante de la cinémathèque argentine à l'occasion d'un congrès international. Elle décide de s'y installer et travaille comme correspondante pour des journaux argentins.
Elle rencontre le cinéaste Abel Gance et devient son assistante. Elle rencontre également Philippe Soupault, puis en 1956, André Breton : le début d' "une éblouissante amitié amoureuse".

Par ailleurs elle commence à écrire, en 1959 et 1960, paraissent chez Éric Losfeld, signé du pseudonyme "Belen", trois plaquettes publiées à tirage limité "La Géométrie dans les spasmes", "...et délivrez-nous du Mâle" et "La Reine des Sabbats" (réunis avec des dessins d'André Masson dans "Le Réservoir des sens" en 1966).
Depuis, la réalisatrice a publié d'autres fictions : "Le Collier de Ptyx" (1971) et "Mémoires d'une liseuse de draps" (1974), "Aux orchidées sauvages" (1998), "Ils furent une étrange comète" (2002), et "Cuisses de grenouille" (2005). Enfin, le roman "Et Pandore en avait deux !" (2008)  est complété par sa correspondance avec Abel Gance.

En 1961, Nelly Kaplan réalise son premier court-métrage sur le peintre Gustave Moreau, elle rencontre l'écrivain surréaliste André Pieyre de Mandiargues (1909-1991).
En 1969, elle sort son premier long métrage, "La Fiancée du pirate", avec Bernadette Lafont dans le rôle principal.
D'autres films suivront :
  • 1971 : Papa les p'tits bateaux
  • 1976 : Néa
  • 1979 : Charles et Lucie
  • 1987 : Pattes de velours, pour la télévision
  • 1991 : Plaisir d'amour
Elle a également signé de nombreux scénarios tout en poursuivant parallèlement une carrière d'actrice : 
    1955 : La Tour de Nesle d'Abel Gance
    1960 : Austerlitz d'Abel Gance : Madame Récamier
    1979 : Charles et Lucie
    1991 : Les Mouettes.
Nelly Kaplan a tenu longtemps la rubrique cinéma dans le "Le Magazine littéraire" et participait à l'émission de radio "Des Papous dans la tête" diffusée par France-Culture. 
En 1996, elle est nommée Chevalier de la Légion d'honneur pour l'ensemble de son œuvre littéraire et cinématographique.
[Extrait de babelio.com]

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